L’Institut Lumière célèbre les stars féminines de l’Hollywood de l’âge d’or, en diffusant trois chefs-d’œuvre dominés par les femmes. Et quelles femmes ! Au premier ou au second plan, les actrices dominent Rebecca, La Rue rouge et Johnny Guitare de la tête et des épaules…

Les hommes paraissent bien falots dans ces histoires. Ils peuvent bien avoir la prestance avantageuse de Laurence Olivier, le physique râblé d’Edward G. Robinson ou la carrure puissante de Sterling Hayden, aucun n’est de taille à lutter contre ses partenaires féminines dans les trois films que programme l’Institut Lumière pour ces deux soirées “Hollywood, la cité des femmes”.

Signés par trois des plus grands maîtres du cinéma de cette période — Alfred Hitchcock, Fritz Lang et Nicholas Ray —, Rebecca, La Rue rouge et Johnny Guitare offrent ainsi trois saisissantes remises en cause de la domination masculine au sein d’une industrie hollywoodienne pourtant si conformiste et machiste dans ces années 1940-1950. Ici, les hommes sont faibles, ballottés par les événements, sous l’emprise de femmes puissantes dont ils n’ont parfois que le meurtre pour se délivrer. Ce n’est pas un hasard si, dans ce contexte de contestation de la traditionnelle virilité, la question du genre et celle d’un lesbianisme plus ou moins latent jouent leur rôle déstabilisateur dans deux cas sur trois…

Car si La Rue rouge (Fritz Lang, 1945) ne laisse filtrer aucun désir déviant (comme on disait alors) dans la descente aux enfers de son héros (un peintre minable qui devient le jouet d’une femme fatale incarnée par Joan Bennett), ce n’est pas le cas de Rebecca (Alfred Hitchcock, 1940) ou de Johnny Guitare (Nicholas Ray, 1954), sûrement deux des films les plus crypto-lesbiens qui soient. Le premier est un film noir gothique, première réalisation d’Hitchcock à Hollywood, le second un western crépusculaire et baroque, et tous deux cachent bien leur jeu.

Passions impossibles entre femmes

Car Rebecca n’est pas dans Rebecca : son personnage est mort avant le début d’un récit que son fantôme hante de part en part tandis que l’héroïne officielle (jouée par Joan Fontaine) n’a pas de nom, et pas beaucoup plus d’épaisseur. Écrasée par le souvenir de la première épouse de son mari, belle, scandaleuse et cruelle, elle est la proie terrifiée de Mme Danvers (Judith Anderson, toute de noir vêtue), l’ancienne gouvernante de Rebecca, passionnément éprise de son ex-patronne et qui a fétichisé chacun de ses objets intimes jusqu’à sombrer dans la folie.

Quant au Johnny Guitare du film du même nom, on comprend vite qu’il n’est qu’un protagoniste secondaire de ce film flamboyant tiraillé entre deux femmes, Vienna, l’entraîneuse de saloon incarnée de manière spectaculaire par une Joan Crawford aux allures de drag queen, et Emma, la très butch propriétaire terrienne à laquelle Mercedes McCambridge apporte sa rage. Entre elles deux, la tension est sans cesse palpable, jusque dans leurs vêtements et leur maquillage. Et on comprend vite que leur rivalité n’est pas qu’une question d’argent, de pouvoir, ni même d’hommes dont elles seraient toutes deux éprises. Comme Mme Danvers, Emma est la victime de sa frustration, de l’interdiction qui lui est faite de vivre ses désirs, voire même de se les formuler.

Dans le noir et blanc hitchcockien ou dans les couleurs éclatantes du Technicolor, ce sont bien les passions impossibles entre femmes qui se déchaînent et détruisent tout dans un incendie…

 

 

Hollywood, la cité des femmes

Mardi 13 décembre
À 19h : conférence de Antoine Sire à propos de son ouvrage Hollywood, la cité des femmes (éditions Actes Sud / Institut Lumière)
À 20h30 : présentation de Johnny Guitare de Nicholas Ray (1954)

Mercredi 14 décembre
À 18h45 : La Rue rouge de Fritz Lang (1945)
À 21h : Rebecca d’Alfred Hitchcock (1940)

À l’Institut Lumière, rue du Premier Film-Lyon 8 / 04.78.78.18.95 / www.institut-lumiere.org

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