Alors que certain-e-s (et pas seulement à l’extrême-droite) s’échinent à dresser les communautés les unes contre les autres, un groupe de chercheur et de chercheuses emmené par la sociologue Monia Lachheb publie Être homosexuel au Maghreb, un ouvrage collectif qui défait un certain nombre d’idées reçues.

Si l’homosexualité reste toujours pénalisée au Maghreb, les auteur-e-s montrent que réalités et pratiques sont plus complexes qu’il peut y paraître vu d’Europe.

Le rapport à l’islam, en particulier, se trouve nuancé. Les versets du Coran sur «le peuple de Loth» (l’histoire de Sodome et Gomorrhe, qu’on trouve aussi dans la Bible) sont majoritairement interprétés de façon rigoriste, mais cette interprétation, en partie héritée de législations coloniales homophobes, n’est pas la seule. Un article incroyable de Fabien Corbisiero raconte comment, sur la colline de Sidi Ali au Maroc, des pèlerins (couples d’hommes ou hommes accompagnés de leur famille), tout en se disant musulmans, viennent accomplir des rituels en hommage à Lalla Aicha, un esprit protecteur des homosexuels. Bien sûr, les orthodoxes condamnent ces pratiques, fermement encadrées par les autorités, mais, bon an, mal an, elles persistent.

Des stratégies parfois différentes

Les différentes études montrent ainsi comment les homosexuel-le-s au Maghreb négocient leurs gestes quotidiens dans des contextes hostiles, agissent, et parfois s’organisent : en Tunisie, des lesbiennes utilisent le sport pour «camoufler [leur] homosexualité» et parviennent ainsi à délaisser un peu les attitudes et les vêtements habituellement exigés d’elles (Nassim Hamdi et Monia Lachheb). À Casablanca, les sites gays permettent des rencontres mais peuvent aussi déboucher sur certaines formes d’activisme, comme ces gestes risqués consistant à déployer un drapeau arc-en-ciel ou à s’embrasser dans la rue (Marien Gouyon). Un peu partout dans le Maghreb, des activistes font vivre des associations militantes (Monia Lachheb), comme Shams en Tunisie (voir photo).

Contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, le volume ne se cantonne pas à la situation des homosexuel-le-s au Maghreb mais explore aussi les situations des Maghrébin-e-s en France (migrant-e-s ou enfants de migrant-e-s) et les questions et stratégies qui sont les leurs. Salima Amari montre comment, pour les lesbiennes maghrébines de France, l’orientation sexuelle peut s’affirmer plus efficacement par des gestes silencieux que par un coming out bruyant, une «homo-norme» inadaptée dans ce cas. Ludovic Mohamed Zahed souligne quant à lui que les gays musulmans de France sont «pris entre le marteau de “l’islamophobie” et l’enclume de “l’homophobie”». Loin des certitudes d’une certaine «culture gay» monolithique, voilà la démonstration qu’il existe de multiples façons d’être gay, lesbienne, musulman-e, Maghrébin-e, Européen-ne, laïque… et que l’une n’exclut pas l’autre !

 

Être homosexuel au Maghreb, sous la direction de Monia Lachheb, préface d’Eric Fassin (éditions IRMC-Karthala)
Photo : des membres de l’association LGBT tunisienne Shams

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