Avec Les Vies de Thérèse, le réalisateur Sébastien Lifshitz (Les Invisibles) rend un hommage lumineux et tendre à une grande militante féministe et lesbienne disparue il y a un an, Thérèse Clerc.

Selon la légende (pas la dorée de Jacques de Voragine, plutôt celle qu’apprenaient autrefois dans les préaux des cours de récré les mauvais écoliers), Sainte Thérèse était prise de fous rires nerveux dans les moments les plus incongrus. Les Vies de Thérèse, le documentaire que Sébastien Lifshitz consacre à Thérèse Clerc ne nous dit pas si cette grande figure française du militantisme féministe et lesbien (1927-2016) était sujette aux mêmes crises d’hilarité en pareille situation, mais il dresse bien en revanche le portrait d’une sorte de sainte des temps modernes qui, sa vie durant, lutta pour les droits des femmes.

Un spin-off des Invisibles

Thérèse Clerc apparaissait déjà dans le précédent documentaire de Sébastien Lifshitz, le très acclamé Les Invisibles (2012), qui donnait la parole à des hommes et à des femmes homosexuel-le-s né-e-s dans l’entre-deux-guerres et ayant vécu l’essentiel de leur vie dans une société violemment hostile aux gays et aux lesbiennes. Elle y racontait notamment comment, avant la loi Veil (1975), elle pratiquait des avortements clandestins dans son appartement de Montreuil. Fasciné par cette vie hors-normes, Lifshitz décide de lui consacrer un film pour elle toute seule, exactement comme il l’avait fait en 2013 pour Marie-Pierre Pruvot, dite Bambi, une des premières femmes trans françaises opérées, elle aussi mémoire vivante d’un siècle de profondes remises en question des normes de genre et de sexualité.

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs du dernier Festival du Cannes, diffusé cet automne sur Canal +, Les Vies de Thérèse n’a pas encore eu droit aux honneurs d’une sortie nationale en salles. Il faut donc saluer l’association Écrans Mixtes qui, après son homologue grenobloise Vues d’en face en janvier, à décider de le programmer lors de la septième édition de son festival un 8 mars, Journée internationale des droits des femmes.

Meilleurs vieux pour 2017

Filmée dans les derniers mois de sa vie, alors qu’elle se sait mourante et atteinte d’un cancer incurable, Thérèse Clerc se livre sans fard mais non son humour. Mariée vierge à vingt ans, elle ne parvient pas à trouver le bonheur auprès de son époux, malgré la satisfaction que lui apportent leurs quatre enfants. Lorsque survient ce qu’elle appelle «la révolution de 68», elle divorce, s’installe à Montreuil, découvre l’amour avec des femmes mais aussi avec des curés. Assis autour d’une table, ses deux fils et ses deux filles la racontent et constatent que l’aîné (qui a été élevé par la Thérèse mariée et bonne mère de famille) n’a finalement pas eu la même mère que sa sœur cadette, née dix ans après lui et qui a grandi avec la Thérèse libérée dont l’appartement pullulait de militant-e-s gauchistes, féministes, soixante-huitard-e-s…

On peut regretter que cet activisme ne soit pas plus développé dans le documentaire (sans doute par manque de temps) ou que Lifshitz ne dise mot des engagements ultérieurs de Thérèse, qui créé en 2000 une «Maison des femmes» (pour accueillir les victimes de violences conjugales) et, en 2009, une «Maison des Babayagas», un centre autogéré pour femmes âgées.

C’est que Les Vies de Thérèse n’est pas seulement le portrait d’une militante mais aussi celui d’une quasi-nonagénaire dont la maladie n’altère pas l’inépuisable soif de vie. Lifshitz filme ses rides, ses tâches de vieillesse, sa fatigue et ses difficultés à se mouvoir sans complaisance mais sans rien édulcorer non plus. Et rend ainsi le plus beau des hommages à ces vieilles et à ces vieux qui le fascinent mais qui sont souvent parmi les plus oublié-e-s de la communauté LGBT.

 

Les Vies de Thérèse, mercredi 12 avril 2017 à 20h30 au cinéma Rouge et Noir, 7 rue Amédée VIII de Savoie-Saint-Julien-en-Genevois / 04.50.75.76.75 / www.cine-rouge-et-noir.fr
Dans le cadre du festival Transposition

 

Photo © AGAT Films & Cie

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