De quelle manière notre identité est-elle forgée par la fiction ? C’est la question que pose Cédric Roulliat dans sa première pièce patchwork, Ultra Girl contre Schopenhauer, qu’il met lui-même en scène au Théâtre de l’Élysée.

Pour les lecteurs assidus d’Hétéroclite, Cédric Roulliat n’est pas un inconnu. Ce sont en effet ses photographies, étrangement glamour, qui ont fait les Unes du magazine d’octobre 2012 à l’été 2015. Aujourd’hui, il se lance dans une nouvelle discipline artistique, avec l’écriture et la mise en scène de la pièce Ultra Girl contre Schopenhauer. S’il s’agit d’une première pour lui, Roulliat n’est pourtant pas tout à fait étranger au théâtre. Depuis plusieurs années, il travaille en effet avec des actrices qui posent pour ses photos, il collabore à  des spectacles et est notamment proche du metteur en scène Camille Germser et des comédiennes de la compagnie La Boulangerie. C’est d’ailleurs avec deux d’entre elles, Laure Giappiconi et Sahra Daugreilh, accompagnées du comédien David Bescond, qu’il a travaillé autour de ce projet.

ultra girl contre schopenhauer

En suivant une journée de la vie d’Edwige, traductrice de comics américains qui travaille à domicile au début des années 1980, Roulliat interroge la place de la fiction dans la construction de notre identité.  Son personnage entretient en effet un dialogue avec Ultra Girl, super-héroïne fruit de son imagination et double fantasmé, dialogue interrompu par l’irruption d’un réparateur de machine à laver, d’un ancien amant et de Schopenhauer. Brouillant les lignes entre réel et fiction, Roulliat propose alors un voyage dans l’espace mental de son personnage principal et confronte le public à l’artifice de la représentation théâtrale. La fascination pour l’envers du décor, qui n’est pas sans rappeler les théories brechtiennes, donne naissance à un entre-deux propice à la réflexion sur la construction de soi.

Un patchwork d’influences

ultra girl contre schopenhauer

On retrouve dans Ultra Girl contre Schopenhauer cette image sublimée de la femme, empruntée notamment au cinéma et à la télévision, qui traverse tout le travail de photographe de Cédric Roulliat. Ce dernier ne cache d’ailleurs pas qu’il a abordé la scène en ayant en tête de grands moments purement visuels. Néanmoins, il confie également que la confrontation au travail de plateau, au travail en groupe, intrinsèque à la création théâtrale, est venue bousculer ses idées préconçues et a permis à la pièce d’évoluer, donnant au texte une place de premier plan. Ajoutez à cela l’utilisation du playback et une collaboration musicale avec Laurent Péju, qui trouve son inspiration chez Rodgers et Hart (duo star de Broadway) et chez Jacques Demy, et vous obtenez un spectacle prometteur, ambitieux et alléchant, mêlant tradition théâtrale européenne et comédie musicale américaine autour de la problématique identitaire.

Ultra Girl contre Schopenhauer, du 13 au 18 février au Théâtre de l’Élysée, 14 rue Basse-Combalot-Lyon 7 / 04.78.58.88.25 / www.lelysee.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *