Avec les interprètes handicapés mentaux de l’atelier Catalyse, Madeleine Louarn propose dans Ludwig, un roi sur la lune une vision troublante de Louis II de Bavière, figure du romantisme allemand déchirée entre son homosexualité et son devoir de roi.

Avant la pièce Ludwig, un roi sur la lune, Louis II (Ludwig II, en allemand), roi de Bavière de 1864 à 1886, a inspiré de nombreuses œuvres littéraires et cinématographiques, parmi lesquelles Le Roi Lune de Guillaume Apollinaire, Ludwig, le crépuscule des dieux de Luchino Visconti ou encore… Celles qui aimaient Richard Wagner, avec Stéphane Bern dans le rôle du monarque esthète (si, si, comme le disait son amie l’impératrice).

Figure emblématique du romantisme allemand, symbolisant l’inadéquation entre désirs et obligations, Louis II de Bavière a souvent été considéré comme fou par ses contemporains. Sans doute homosexuel, il aimait passer du temps entouré de jeunes pages dans les forêts enneigées de son royaume, fuyant son devoir de monarque. Après sa mort mystérieuse dans les eaux glacées du lac de Starnberg, au sud de Munich, on a retrouvé dans son journal intime des preuves de ses tentatives de refoulement de ses pulsions homosexuelles qui entraient en conflit avec sa foi catholique.

Inadapté aux carcans du pouvoir, Louis II s’est jeté à corps perdu dans l’art pour fuir ses obligations de monarque. Il est notamment connu pour avoir fait construire des châteaux invraisemblables, dont celui de Neuschwanstein (qui a inspiré le château de La Belle au bois dormant et est devenu le logo des studios Disney) et pour s’être pris d’affection pour Richard Wagner au point de financer le Palais des festivals de Bayreuth afin que le compositeur y présente ses opéras.

Mettre à mal la norme

C’est de cette matière première, de cette réalité qui dépasse la fiction, que s’est saisi Frédéric Vossier pour écrire le texte de Ludwig, un roi sur la lune qu’il a proposé à Madeleine Louarn. Cette dernière travaille depuis plus de vingt ans avec des adultes handicapés mentaux, au sein de l’atelier Catalyse à Morlaix. L’auteur et la metteure en scène ont fait le choix de représenter des saynètes de la vie de Louis II de Bavière représentatives de sa personnalité et de jouer sur la figure du double, en opposant un jeune Ludwig fraichement devenu roi à un Ludwig vieillissant vivant de plus en plus isolé du reste des hommes.

Accompagnés de la musique de Rodolphe Burger, les interprètes de Ludwig, un roi sur la lune donnent à voir de manière assez saisissante les fêlures du personnage. Comme le dit Madeleine Louarn : «mieux que tout autre, l’acteur handicapé ramène les creux et les incertitudes de la représentation et de ces codes». En effet, les difficultés que peuvent rencontrer les actrices et les acteurs de ce spectacle créent un effet de distanciation qui trouve un écho dans l’incapacité de Ludwig à être au monde. L’enfermement, le mal-être du roi prennent chair dans les gestes hésitants, les prononciations hachées des comédiennes et des comédiens et éclairent subtilement les efforts à fournir lorsqu’on s’éloigne, d’une manière ou d’une autre, de la norme que la société nous impose.

 

Ludwig, un roi sur la lune, les 25 et 26 avril 2018 à la Comédie de Saint-Étienne, 7 avenue du Président Émilie Loubet-Saint-Étienne / 04.77.25.14.14 / www.lacomedie.fr

 

Photo © Christophe Raynaud de Lage

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *