Edward Albee, auteur dramatique américain principalement connu en France pour avoir écrit Qui a peur de Virginia Woolf ?, est décédé en septembre dernier. Le TNP accueille ce mois-ci une version de sa pièce emblématique mise en scène par Alain Françon.

On ne peut pas à proprement parler d’Edward Albee comme d’un auteur gay. Non seulement parce que ses pièces n’ont jamais directement abordé les thématiques liées à l’homosexualité, mais également parce qu’il a lui-même refusé cette appellation en 2011 lorsqu’il a reçu le Lambda Literary Award, qui récompense les personnalités pionnières des lettres LGBT. Visiblement, il n’était pas à une contradiction près. Selon lui, il était réducteur de définir un auteur en fonction de son orientation sexuelle et il trouvait ridicule que cette précision soit réservée aux écrivains et qu’elle ne s’applique pas aux peintres.

Une tentative de destruction de l’institution matrimoniale ?

Cette prise de position, qui a suscité une légère polémique à l’époque et qui n’est pas sans rappeler celle de Xavier Dolan en 2014 lorsqu’il s’est vu attribuer la Queer Palm au Festival de Cannes, ne doit pourtant pas entacher l’engagement qui fut celui d’Albee en faveur des droits des personnes LGBT tout au long de sa vie. Ouvertement homosexuel dès le début de sa carrière dans les années 1960, il a dû essuyer les attaques des critiques qui voyaient dans Qui a peur de Virginia Woolf ? tantôt un sous-texte homosexuel, tantôt la tentative de destruction de l’institution matrimoniale par un auteur homosexuel. Or, il n’est pas étonnant que les commentateurs aient été peu à l’aise avec cette œuvre, tant sa force de cruauté destructrice est grande.

George, professeur d’histoire installé, et sa femme Martha, fille du recteur de l’université, reçoivent un jeune couple fraîchement débarqué sur le campus, Nick, professeur de biologie, et sa discrète épouse Honey. Au fil de la soirée, George et Martha se livrent à un affrontement dévastateur où éclatent la perte des illusions, la haine et la rancœur accumulées au cours d’une vie de compromis et de concessions. Adaptée au cinéma dès 1966 par Mike Nichols avec Elizabeth Taylor et Richard Burton ou parodiée par la série animée Family Guy de Seth MacFarlane, la pièce inspire aujourd’hui Alain Françon. Le metteur en scène, habitué à travailler avec l’auteur britannique Edward Bond, s’y connait en jeux de massacre et saura sans doute rendre compte de celui dont la pièce d’Albee est l’arène.

 

Qui a peur de Virginia Woolf ? du 30 mai au 3 juin au TNP, 8 place Lazare-Goujon-Villeurbanne / 04.78.03.30.00 / www.tnp-villeurbanne.com

 

Photos © Dunnara Meas

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