Samedi 20 mai, Chrysalide célébrera ses dix ans d’existence. Retour sur une décennie d’activité associative et militante avec Sophie Berthier, co-fondatrice de l’association trans lyonnaise.

Depuis sa création, Chrysalide est devenue un repère incontournable, à la fois comme ressource communautaire d’auto-support et sur le terrain de la lutte pour les droits des personnes trans.

Quelques chiffres donnent une idée du chemin parcouru : l’association a tenu cent groupes d’échange et de dialogue (GED) mensuels. Une équipe de sept bénévoles, qui s’est constituée au fil des années, se charge de l’accueil et de l’animation de ces GED fréquentés par une cinquantaine de personnes chaque mois, contre deux ou trois personnes accueillies lors des toutes premières permanences physiques. L’association organise également une à deux fois par an des GED spécifiquement destinés aux proches (comme les parents ou les conjoints) et répond chaque semaine à de nombreux mails provenant de personnes isolées, parfois en grande détresse.

L’association mène de nombreux types d’actions (formations, projections-débats, colloques, manifestations…), auprès d’institutions diverses comme sur le terrain. Chrysalide a développé ses propres outils, ayant par exemple publié huit guides pratiques depuis 2009 et une étude sur la santé des personnes trans en 2011, ou encore mis en place une plateforme sur la santé sexuelle, le tout accessible librement sur son site. D’autres pistes de travail se mettent en place actuellement, notamment en rapport avec les professionnels de santé.

Beaucoup d’avancées restent à conquérir

Si l’heure semble être à la rétrospective, cet anniversaire a lieu dans une période particulière, avec une apparente avancée amenée par la nouvelle législation autour du changement d’état-civil et de prénom. Une loi «a minima et floue sur ses applications concrètes» selon Sophie Berthier, co-fondatrice de l’association, loin de la revendication de dé-judiciarisation et de démédicalisation totale portée par les associations. Même si la récente condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme concernant l’exigence de stérilisation et/ou de suivi d’un traitement hormonal est un signal positif, la juridiction ne se prononce pas sur la pratique des expertises, ce qui laisse craindre une continuité des pratiques discriminatoires.

Pour Sophie, les conditions de vie concrètes des personnes trans ne se sont pas réellement améliorées ces dernières années. Le contexte social est particulièrement hostile : «les mouvements réactionnaires se sont recomposés, les personnes trans en sont clairement une cible directe. Certains discours qui étaient marginaux se sont imposés dans le débat public depuis la Manif pour tous».

La visibilité médiatique ponctuelle n’est pas non plus selon la militante un signe de progrès : «la visibilité faite par des cis (personne dont le genre ressenti correspond à celui qui lui a été assigné à la naissance), pour des cis, se paie par toujours plus de marginalisation et de précarisation pour une partie importante de la communauté». Pire, «la transphobie est désormais devenue un élément essentiel de la culture populaire. Les blagues lourdes sont devenues des blagues de fachos, animées par une idéologie offensive».

Une fédération nouvellement créée

Face à ce constat, Chrysalide est partie prenante de la première fédération française d’associations trans et intersexes, réunie pour la première fois en mars, qui marque un véritable tournant dans les luttes. Cette instance a affirmé dans un communiqué son intention de mener un travail commun à grande échelle, affirmant son autonomie par rapport à un milieu associatif LGBT loin d’être toujours à la hauteur de son rôle d’allié. Sophie y voit le signe d’une maturité nouvelle et la prise de conscience partagée des urgences et des priorités actuelles. Une des perspectives : la mise en place d’un observatoire national des nouvelles pratiques liées au changement d’état-civil, l’objectif à terme restant la libre disposition totale des personnes trans sur leurs corps, leurs parcours et leurs vies, à tous les niveaux.

Pour Chrysalide, le combat continue. En attendant, rendez-vous le 20 mai pour célébrer les dix ans de l’association en compagnie de ses militant-e-s ! Au programme : groupe d’échange et de dialogue mensuel, destiné comme d’habitude aux personnes trans et en questionnement, à 16h au Centre LGBTI de Lyon. À 19h30, toujours au Centre LGBTI, ouverture au public avec le vernissage d’une exposition retraçant l’histoire de l’association. La soirée se poursuivra au bar Les Feuillants à partir de 21h, avec la complicité de l’équipe de la Bonnie&Clit.

 

Photos de membres de Chrysalide en manifestation © DR

 

http://chrysalidelyon.free.fr

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