Nuits Sonores a quinze ans et, pour l’heure, ne montre aucun signe de faiblesse. Au contraire : toujours plus éditorialisé et contraint de se démarquer de sa permanence de la Confluence, le plus europhile des festivals de musique électronique (et plus si affinités) voit de plus en plus loin.

L’an passé, Chantal La Nuit et ses chantalettes, alors auréolées du succès des soirées Garçon Sauvage, avaient eu le suprême honneur de se voir confier une scène à Nuits Sonores. L’occasion pour elles d’endosser le rôle fantasmatique de garde rapprochée d’une Peaches chevauchant vulve au vent un pénis géant. De telles saillies explicitement queer, Nuits Sonores 2017 devrait être exempt.

Pour autant, le festival prendra cette année encore acte de l’essor de la musique pédéroclite™, principalement via la carte blanche accordée jeudi après-midi à la butch queen de la house à la mode de Chicago The Black Madonna. Laquelle invitera pour l’occasion la sororité new-yorkaise ESG, pionnière de l’abâtardissement du funk (si à cinquante ans un rappeur n’a pas samplé UFO, c’est qu’il a raté sa vie) et inspiratrice à son corps défendant du revival post-punk qui encanailla la jeunesse blanche à la fin des années 90.

Le lendemain, la techno model qu’on adore détester Nina Kraviz nous emmènera à l’est voir s’il y a du nouveau avec le duo sibérien PTU, qui désosse le genre avec une inquiétante voracité – mais aussi au nord, à la rencontre du prodige islandais de l’IDM Bjarki. Quant au troisième « Day with« , il sera planifié par Jon Hopkins, génial pianiste dédiant son art à la célébration des noces a priori contre-nature de la musique à danser et de sa cousine savante. Il signe de loin le plateau journalier le plus aventureux avec, notamment, un tiercé bruitiste Actress / Ben Frost / Nathan Fake qui promet de rapporter gros en termes de perte de repères.

Quand vient la nuit

La suite du programme, une fois le soleil couché et la faune à grosses montures assoiffée, s’annonce comme d’habitude orgiaque.

Orgie de hip-hop britannique la première nuit avec, entre autres, le pop-cultureux à timbre de baryton AJ Tracey, la révélation à haut débit des surburbs londoniens Stormzy et l’enragée Lady Leshurr, as du freestyle à l’implacable phrasé caribéen.

Orgie de succursales la deuxième, celle du Circuit, où se distingueront notamment les nouveaux tauliers de la cold-wave Rendez-vous (à l’Ayers Boat), les best friends forever du garagiste-star Ty Segall (Wand au Marché Gare) et le dandy à bouclettes Bernardino Feminelli (au Sonic), fruit canadien des amours imaginaires de Serge Gainsbourg et Giorgio Moroder.

Orgie de croisements la troisième avec, au hasard ou presque, le pionnier syrien du psychédélisme à 120 bpm Omar Souleyman, le vénérable guitariste turc Mustafa Özken et le grand ancien du free jazz Pharoah Sanders.

Orgie de légendes la dernière, avec les Chemical Brothers, fers de lance de cette dance music tapageuse et défoncée (typiquement anglaise donc) qu’on nomma big beat, Beak>, récréation kraut de l’éminence grise de Portishead, et les pionniers bien outillés de la musique industrielle Einstürzende Neubauten.

Sans compter le concert spécial de Air (qui risque malheureusement d’en brasser pas mal), les contre-soirées au Sucre, la carte blanche au Portugal… Bref, on ne le répétera jamais assez : des oreilles au bassin, mi-mai, il faut sortir couvert.

 

Photo : The Black Madonna

 

Nuits Sonores
Du 24 au 28 mai à Lyon / www.nuits-sonores.com

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