Isabelle Huppert, actrice aux multiples facettes, jouera dans Juliette et Justine, un spectacle composé par le philosophe médiatique Raphaël Enthoven à partir de deux romans du marquis de Sade.

Avec l’obtention du Golden Globe de la meilleure actrice dans un film dramatique pour son rôle dans Elle de Paul Verhoeven en janvier (et la tournée des États-Unis qui a suivi pour la course à l’Oscar), l’Isabelle Huppert souriante, jouant le jeu de la complicité et de la confidence sur les plateaux de télévision américains, nous aurait presque fait oublier l’Isabelle Huppert que l’on connait et que l’on aime, toute en maîtrise d’elle-même, distante, auréolée du statut d’actrice aux rôles sulfureux.

Que ce soit au cinéma (dans La Cérémonie et Merci pour le chocolat de Claude Chabrol, dans La Pianiste de Michael Haneke, dans Elle de Paul Verhoeven…) ou au théâtre (dans 4.48 Psychose de Sarah Kane mis en scène par Claude Régy ou dans Un tramway nommé désir de Tennessee Williams mis en scène par Krzysztof Warlikowski), l’actrice a collectionné les rôles de personnages troubles, duels, borderline. Elle incarne ainsi depuis plusieurs années l’idée que le jeu permet d’explorer les zones sombres de l’âme humaine, mettant au jour nos névroses et nos dichotomies. C’est sans doute en raison de cette persona complexe que Raphaël Enthoven, le philosophe médiatique qui a inspiré une chanson à Carla Bruni, a choisi de faire appel à Isabelle Huppert pour incarner sur la scène du Grand Théâtre de Fourvière les deux héroïnes de Sade que tout oppose, Juliette et Justine.

Deux sœurs que tout oppose

D’un côté, Enthoven puise dans Justine ou les malheurs de la vertu, texte de 1791 dans lequel le divin marquis dépeint toutes les infortunes qui frappent sa jeune héroïne, malgré sa foi inébranlable. De l’autre côté, le philosophe cathodique met en miroir des extraits d’un autre ouvrage de Sade, L’Histoire de Juliette ou les prospérités du vice, publié en 1800, dans lequel l’héroïne, sœur de Justine, rejette moralité et religion et s’adonne à toutes formes de dépravations tout en rencontrant le succès et le bonheur. Si ces œuvres ont fait scandale en leur temps, leur mise en perspective sur le plateau (Isabelle Huppert incarnant tour à tour l’une et l’autre des deux sœurs), permet de questionner les concepts, toujours d’actualité,  de vice et de vertu et le rapport double que tout un chacun entretient avec eux.

 

Juliette et Justine, lundi 3 juillet au Grand Théâtre de Fourvière, 6 rue de l’Antiquaille-Lyon 5 / 04.72.32.00.00 / www.nuitsdefourviere.com

 

Photo Isabelle Huppert © Peter Lindbergh

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *