Vous aimez vous balader en tenue d’Adam ou d’Ève sur votre balcon, à la plage ou en pleine nature, mais pouvez-vous profiter de la nudité en toute légalité ? Le point avec Amandine Fabrègue, avocate au barreau de Lyon.

L’article 222-32 du Code pénal dispose que «l’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende». Dès lors que vous êtes visible depuis la voie publique ou depuis les logements de vos voisins, la nudité vous est formellement interdite. Et ce, même si vous êtes chez vous, que ce soit à l’intérieur de votre domicile, sur votre terrasse ou dans votre jardin.

Inégalités de traitement entre hommes et femmes

Mais qu’est-ce qu’une exhibition sexuelle ? Incontestablement, c’est exposer son sexe à la vue d’autrui. Contrairement à d’autres pays voisins, la France ne différencie pas le fait d’aimer montrer son sexe dans le but qu’il soit regardé (exhibitionnisme) du fait d’apprécier d’être nu sans chercher à être vu (nudisme ou naturisme). Quant à la poitrine, hommes et femmes ne sont pas logé-e-s à la même enseigne. L’exhibition de la poitrine masculine bénéficie d’une grande tolérance, permettant aux hommes de déambuler torse nu sans être trop inquiétés. À l’inverse, les femmes sont priées de cacher ce sein que l’on ne saurait voir. L’ancienne Femen Éloïse Bouton a ainsi été condamnée en février 2017 à un mois de prison avec sursis pour «exhibition sexuelle» après une action seins nus dans l’église de la Madeleine, à Paris.

Si vous souhaitez être nu-e en toute légalité, vous devez vous tourner vers des espaces dédiés, où la nudité est autorisée par arrêté municipal. Au Levant, il existe même un arrêté qui instaure le nudisme intégral obligatoire dans certaines parties de l’île. Enfreindre ce type d’arrêté est une contravention de première classe, de sorte que si un provocateur est surpris en train de porter des vêtements, il peut se voir infliger une amende de 38€, à moins qu’il n’accepte de se dévêtir pour se mettre en conformité avec la loi.

9 Réponses à “Entre exhibitionnisme et naturisme, quelle liberté pour la nudité ?”

  1. Maud Cambronne

    Hommes et femmes ne sont pas logé(e)s à la même enseigne: oui, mais pas forcément en défaveur des femmes.
    Certes, un homme peut être torse nu plus facilement qu’une femme.

    En revanche, pour la nudité totale, une femme en pratique ne risque rien (sauf sifflets etc., mais je parlais pénalement) à être nue sur son balcon ou dans son jardin, et dans un parc, sur une plage non définie comme naturiste etc., le plus qu’elle risque, c’est qu’on lui demande de se rhabiller.
    Un homme en revanche se fera arrêter.

    Il n’y a pas (à ma connaissance) de femmes qui aient été condamnées pour le seul fait d’être nues (je parle évidemment d’une nudité non-exhibitionniste: se bronzer nue, se baigner nue etc.)

    Répondre
    • Carl H.

      Bravo pour cette remarque pertinente !
      De fait, le nu masculin et le nu féminin sont considérés de manières très différentes, même dans l’art moderne. Si beaucoup d’artistes contemporains utilisent le nu féminin comme mode d’inspiration, bien moins nombreux sont ceux qui s’inspirent du nu masculin. Du coup, le nu masculin a plutôt tendance à tomber dans les pattes des pornographes et est donc souvent associé ou confondu avec la pornographie.
      Combien de fois, d’autre part, n’ai-je pas entendu des femmes dire qu’un homme nu est laid ou qu’un sexe d’homme est laid. Celles qui disent cela vivent avec des hommes et font l’amour avec eux. Le font-elles donc toutes par « devoir » ? On voit là l’importance des préjugés et, surtout, des idées et des phrases toutes faites qui masquent bien souvent la réalité des choses. Le fait est que le nu masculin est bien moins souvent traité en toute honnêteté par des artistes que le nu féminin et qu’il est donc moins populaire parce que plus rare. Il reste surtout confiné au milieu gay alors qu’il devrait avoir sa place partout, à commencer par la publicité. Mais combien d’agences publicitaires ont-elles osé, jusqu’ici, montrer un sexe d’homme ? Cela se compte sur les doigts d’une seule main ! Le cinéma nous montre pourtant de plus en plus de nus masculins, de même que certaines émissions télévisées de grande écoute. Et cela n’apparaît ni dégoûtant, ni scandaleux. Alors n’est-il pas grand temps de modifier les façons de penser à ce sujet et de renverser quelques idées fausses ?

      Répondre
      • Maud Cambronne

        Les émissions de télé nous montrent en effet du nu masculin qui ne sera pas présenté comme dégoutant ou scandaleux, mais il sera présenté comme ridicule ou grotesque.

        On voit du nu, mais soit il est sexuel, soit il est assorti de moult commentaires, « incroyable, il (ou elle) est nu! », il faut que ça déclenche les rires ou les exclamations,
        La nudité ne peut leur être normale, il faut qu’elle ait quelque chose d’extraordinaire, de « croustillant », comme si se doucher nu (bon, O.K., même si tout le monde se douche nu*, on ne se filme pas pour autant), se baigner nu dans une piscine, était quelque chose de sensationnel.

        * chez soi. Parce qu’en France à la piscine, les gens gardent leur maillot sous la douche. Dans d’autres pays, on vous interdit carrément de rentrer dans les bassins si vous n’avez pas ôté votre maillot sous la douche, parce que ce qui doit être lavé est précisément au niveau des fesses et du pubis. Mais l’hygiène en France s’incline devant la pudibonderie.

        Répondre
        • Carl H.

          Encore une fois, vos commentaires sont pertinents !
          Il faut cependant différencier, pour la télé, ce qu’on voit dans certaines émissions « grand public » et ce qu’on voit dans les films cinés ou séries télés. Dans les séries et films, le nu masculin est de plus en plus fréquent et de mieux en mieux accepté. En revanche, dans les émissions télé, le nu (surtout masculin) est encore traité sous le signe de l’humour ou du croustillant. Mais sans doute aurez-vous remarqué comme moi que le rire sert souvent à des gens pour masquer leur propre embarras face à la nudité des autres ?
          Je propose encore une autre remarque : si la plupart des gens trouvent normal ou même « bien » que des « stars » (même celles qui brillent peu au firmament du show business) se montrent en tenue d’Adam ou Eve dans des films, des séries télé, la presse grand public ou des livres d’art ; la même admiration ou acceptation n’est pas de mise quand Monsieur ou Madame tout-le-monde se retrouvent exposés nus sur une photo ou dans un reportage. Dans ce cas-là, on critiquera cette façon d’agir.
          Mais voici encore une autre remarque : placez donc chez vous une reproduction d’une statue d’une femme nue ou d’un homme nu ou bien un poster représentant des nus masculins ou féminins. Vous verrez que vos visiteurs réagiront de manière bien différente aux uns et aux autres. Mais poussez plus loin encore l’expérience : accrochez au mur de votre salon un beau cadre contenant une grande photo de vous nu(e). Là, vous verrez que vos visiteur n’oseront rien dire mais feront pas mal de gestes dans votre dos…
          Qu’est-ce que tout cela démontre ? Que la majorité des gens ont un problème pour accepter LEUR nudité et que celle des autres, PLEINEMENT ASSUMEE les met évidemment mal à l’aise.
          J’en terminerai avec les centres sportifs où, effectivement, il n’est pas toujours aisé, voire fortement déconseillé, de retirer son maillot sous la douche alors que cela ne pose aucun problème dans un vestiaire commun et que, dans certains pays, conserver le maillot en passant sous la douche serait considéré comme aberrant. Là encore, ce n’est pas celui qui retire son maillot qui a un problème avec sa nudité ; ce sont les autres qui ne supportent pas cette nudité parce qu’elle leur démontre qu’ils ont en effet de quoi ressentir un sentiment d’infériorité par rapport aux gens libérés des tabous absurdes.

          Répondre
          • Maud Cambronne

            Je souscris à cette analyse.
            Ce qui choque les gens quand ils voient des gens nus, c’est que ça les renvoie à leur propre malaise, « moi j’ai honte d’être nu(e), pourquoi celui-ci ou celle-ci n’a-t-il-elle pas honte aussi? »

            Leur conditionnement vient de tellement loin (depuis la plus tendre enfance) qu’il leur semble « naturel ». Rien de moins naturel que la pudeur, c’est totalement culturel, mais un conditionnement réussi (comme les musulmanes qui auraient honte d’être tête nue) est un conditionnement commencé dès la naissance. Et quand ils voient que d’autres n’ont pas les mêmes inhibitions, c’est tout leur monde qui s’effondre.

            On peut faire le même rapprochement avec l’homophobie: ils sont persuadés que les homos sont des déviants, alors que ce sont eux qui ont un problème. Quand on est bien dans son corps et dans sa peau, on ne se mêle pas de ce que les autres font de leurs fesses.

          • Carl H.

            Je suis 100% d’accord avec vous et je pense même qu’on peut aller plus loin dans l’analyse des comportements des gens par rapport à leur conditionnement.
            Tout au long de ma vie de nudiste et de modèle vivant nu pour artistes, j’ai pu constater l’extrême curiosité sexuelle que les hommes hétérosexuels ont pour… leurs semblables. C’est un fait patent, mais qu’ils ont bien du mal à avouer. Au point même d’être si perturbés par leur propre curiosité qu’ils craignent qu’elle soit le signe d’un penchant homosexuel et qu’ils la répriment alors en se montrant extrêmement agressifs en paroles et en actes contre les homosexuels. Cette curiosité se justifie pourtant totalement dans une société encore machiste où l’on vante beaucoup les prouesses sexuelles masculines au mépris de la simple réalité. Certains forum internet (doctissimo et autres) témoignent de l’inquiétude des adolescents mâles qui, confrontés aux exagérations qui se diffusent par la pornographie et les blagues salées, se sentent bien mal dotés par la nature et ont dès lors envie de faire des comparaisons avec leurs semblables. Ils développent ainsi une curiosité qui devient vite aussi obsessionnelle que honteuse. Et si les hasards de la vie ne les mettent pas en position d’obtenir par eux-mêmes certaines réponses, pas mal d’hommes gardent leur vie durant ces craintes et ces obsessions chevillées au ventre, ce qui les rend souvent odieux tant avec leurs compagnes qu’avec les homosexuels pour la simple raison qu’ils croient devoir cacher leur misère sous le masque du machisme. Les femmes, davantage préoccupées de questions esthétiques que de « performances sexuelles », échappent fort heureusement à l’obsession infernale causée par une curiosité sexuelle insatisfaite. De telle sorte qu’elles sont souvent malgré tout mieux dans leur peau et plus « vraies » que la plupart des hommes…
            Un détail encore : on confond souvent la pudeur (qui devrait plutôt concerner les sentiments) avec la pudimanie, c’est-à-dire une attitude extrême et peu naturelle par rapport à l’acceptation du corps humain tel qu’il est.
            Notons aussi l’attitude aberrante de tous ces gens qui condamnent ou répriment la vue de la nudité en vertu de leurs croyances prétendument religieuses. Or, sur quoi se basent les trois grandes religions monothéistes ? Sur la révélation Abrahamique selon laquelle le Créateur fit l’humain à son image, contrairement à toutes les autres espèces vivantes. En conséquence, avoir honte de la vision du corps tel qu’il fut créé nu, c’est avoir honte de l’image même de son propre Dieu. Paradoxe inouï trop rarement signalé aux dévots de toutes sortes !

          • Maud Cambronne

            Carl H, sur les complexes des jeunes hommes:
            oui, ils complexent sur leurs performances sexuelles (durée, intensité, taille du sexe), parce qu’ils n’ont pas d’autres références que le porno.

            La nudité étant tabou, beaucoup n’ont jamais vu de personnes nues « normales », parfois ne serait-ce jusqu’à leurs parents.
            Aussi, face au membre d’un Rocco Siffredi, faute de comparaison, même un homme bien monté se sentira rikiki.

            Et sur l’intensité et la durée d’un rapport sexuel: rien de plus simple de mettre bout à bout plusieurs prises, ou même, de n’en mettre qu’une seule mais de la mettre en boucle.
            Et bien sûr on verra la fille hurler de plaisir, alors que seule une partie des femmes émettent des sons lors de rapports sexuels, ce qui ne veut pas dire que les autres n’ont pas de plaisir.

            Que l’homophobie soit une crainte d’être soi-même homosexuel, c’est une chose qui a parfaitement été mise en valeur grâce à des expériences où l’on projetait des images et on enregistrait les réactions (pouls, sueur, sécrétions sexuelles et érections, regards): ceux qui s’étaient déclarés les plus hostiles à l’homosexualité étaient aussi ceux qui ressentaient les plus fortes excitations sexuelles face à la vue d’un corps masculin.

            Au reste, nudophobes ou homophobes sont le plus souvent les mêmes, et l’insulte face à des gens nus sera souvent pééédééés.
            Ce n’est pas étonnant, ils ont reçu le même conditionnement dans leurs églises ou leurs mosquées. (Les croyants n’ont évidemment pas le monopole de l’homophobie ou de la nudophobie, mais c’est quand même infiniment plus courant chez cette catégorie).

          • Carl H.

            Eh oui Maud Cambronne ! Nous avons, vous et moi, fait quelque peu le tour de la question je crois. Nous avons compris où se nichent les illogismes, les erreurs, les tabous, les craintes et l’ignorance. Nous avons compris ce que sont les attitudes logiques et naturelles en ces domaines et quelles sont les masques et la comédie derrières lesquels s’abritent tant de gens mal à l’aise avec eux-mêmes et avec les autres. Nous sommes loin, là, de la « petite ouverture » intellectuelle que pratiquent la plupart de ceux qui se revendiquent fièrement du naturisme et qui n’ont en réalité réussi pour eux-mêmes qu’à faire reculer d’un cran leurs propres tabous. La preuve en est qu’ils soutiennent que la nudité collective n’est pas érotique. Ils prône en fait une société dotée d’une sexualité endormie, où nous serions tous comme les anges du paradis, possédant un sexe qui ne servirait à rien d’autre qu’à faire pipi et un cerveau qui serait incapable de s’émouvoir de la beauté de la plénitude sexuelle. Toute l’histoire de l’art, depuis la plus lointaine époque, prouve au contraire que la nudité est forcément érotique à travers les gestes et les attitudes. C’est ainsi que l’a voulu la nature pour perpétuer l’espèce. Sinon, elle nous aurait faits autrement et nous aurait privé de l’imagination érotique et des fantasmes. Que diriez-vous d’entrer en contact avec moi via mon site internet ? Nous pourrions ainsi poursuivre plus avant peut-être nos réflexions…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *