Parce que la transphobie ne se limite pas aux agressions de rue et parce que la lutte contre les oppressions doit être organisée par les premier-e-s concerné-e-s, l’Existrans est essentielle.

Y aller ou pas ? Telle est la question qui a beaucoup agité les associations LGBT lyonnaises le mois dernier. Samedi 30 septembre se déroulait en effet à Lyon une «Marche contre la transphobie et toutes les formes de violence contre la différence» pour dénoncer la très violente agression physique d’une femme trans, le 25 juillet à Riom. Mais l’événement n’était pas organisé par des militant-e-s trans, mais par la sœur (cisgenre) de la victime, relayée il est vrai par l’association trans lyonnaise Le Jardin des T.

Qui plus est, l’organisatrice a été, en juin, candidate aux législatives dans la troisième circonscription du Rhône pour Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan (celui-là-même qui a rallié Marine Le Pen dans l’entre-deux-tours de la présidentielle)… La manifestation (transformée à la dernière minute en simple rassemblement statique place Bellecour) se voulait apolitique, sans drapeau partisan d’aucune sorte. Mais peut-on vraiment lutter contre la transphobie à l’initiative d’une candidate d’un parti qui dénonce la trop fameuse «théorie du genre» (sic) ?

Les multiples formes de la transphobie

Par ailleurs, l’appel à manifester dénonçait la violence physique contre les personnes trans, mais ne disait mot des autres formes de la transphobie et de sa dimension systémique et structurelle.

Or, comme le rappelle l’association trans lyonnaise Chrysalide dans un communiqué de presse : «la transphobie englobe non seulement les agressions, mais aussi les discriminations subies dans le monde professionnel, les humiliations infligées par nombre de praticiens dans le corps médical, la législation indigne de la France concernant les changements d’état-civil, les harcèlements policiers subis par les travailleuses du sexe, les expulsions des trans migrants dont la vie est la plupart du temps ainsi condamnée, et nombre d’autres situations».

Autant d’injustices et de discriminations contre lesquelles on imagine mal Debout la France ou ses candidat-e-s s’engager et qui seront dénoncées samedi 21 octobre à Paris lors de la vingt-et-unième édition de l’Existrans. Cette marche mixte, organisée par et pour les trans et les intersexes, accueille aussi les cisgenres qui partagent les revendications du mouvement… mais à leur place d’allié-e-s, qui suppose, entre autres, de laisser l’initiative aux premier-e-s concerné-e-s.

 

Photo : l’Existrans en 2013 © Julie Mazens

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