Beth Ditto nous parle de sa relation avec la France, de sa rupture avec Gossip et de son nouvel album, Fake Sugar, sorti en juin.

Exit le punk dance mâtiné de disco de The Gossip : la leadeuse féministe et militante LGBT se lance en solo avec un nouvel album «retour aux sources». Elle y revient sur son Arkansas natal et son enfance. L’occasion de nous assurer que Beth Ditto ne nous fait pas le coup de « l’album de la maturité » et que punk is not dead.

 

Vous êtes très populaire en France : Jean-Paul Gaultier vous adore, les albums avec Gossip se sont toujours très bien vendus, vos concerts actuels sont rapidement complets. Vous chantez même en français sur un titre de Fake Sugar, votre dernier album. Comment expliquez-vous cela ? Avez-vous une connexion particulière avec la France ?

Beth Ditto : Je ne peux pas l’expliquer, j’adore la France ! C’est très bizarre, d’autant plus que nous n’avons jamais eu de succès aux États-Unis. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est très agréable de se sentir appréciée dans un autre pays. Cela permet d’apprendre une culture, une langue et de rencontrer des gens. Je suis ravie de ce succès en France, en Allemagne, en Angleterre… Je suis heureuse que cela arrive en Europe et pas aux États-Unis. Parce que les Américains ont très mauvais goût ! Par ailleurs, mon styliste est français et j’ai une relation très forte avec les personnes qui travaillent à Sony, en France. J’ai rencontré tous ces gens géniaux ces dernières années. Ils m’apprennent le français, m’invitent dans la maison de leurs parents… Même quand j’étais jeune et que Gossip n’attirait pas encore l’attention, les Français ont toujours été très bons avec nous !

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Quel est votre mot français préféré ?

Beth Ditto : Oh, j’adore le mot «quincaillerie» ! Et aussi… Oh ! «Chinoiserie», c’est mignon !

Fake Sugar est décrit comme étant l’album du retour aux sources. Mais c’est aussi l’album des ruptures, d’avec Gossip et Nathan (le guitariste), mais aussi d’une certaine forme de son qui était propre à Gossip. Qu’est-ce qui est le plus dur ? Le retour aux sources ou la rupture ?

Beth Ditto : Je pense que c’est les deux. L’un ne va pas sans l’autre. La rupture m’a fait revenir aux sources. Nathan est aussi retourné là où on a grandi. Il a ré-emménagé dans la ferme de son enfance, où il s’occupe de son père. Quant aux influences de cet album, j’ai décidé de prendre les sons de ma jeunesse, qui n’étaient pas ceux du punk. Ce sont des sons que j’écoutais bien avant que je découvre la musique punk et que je m’identifie fortement à ce mouvement.

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Vous chantez davantage sur cet album…

Beth Ditto : Je pense que c’est seulement parce que Nathan n’est plus là pour prendre de la place ! Quand vous jouez dans un groupe, vous essayez d’être conscient de toutes les personnes autour de vous. Il faut que le talent de chacun puisse transparaître, sur les disques et en concert. Avec Gossip, il fallait que chacun ait son moment, que ce soit sur les chansons ou pendant les live. Nous avions tous des dons très particuliers et quand nous jouions ensemble, nous essayions vraiment de faire sortir le meilleur de chacun. Là, c’est mon projet solo, je n’ai pas à me soucier de la place musicale à accorder à quelqu’un d’autre. Je peux simplement prendre toute la place que je veux !

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L’album explore de nombreux genres musicaux, laissant le punk un peu de côté… Êtes-vous d’accord avec cette analyse ? Où est le punk dans Fake Sugar ?

Beth Ditto : Je ne pense pas ça du tout ! Je suis quelqu’un de punk et je le serai toujours ! À mes yeux, David Bowie faisait du punk et pourtant, dans sa musique, il n’y pas que trois accords et des hurlements, loin de là. Le punk ne se résume pas ça. C’est un genre qui prend des formes tellement différentes. C’est aussi une attitude, des codes éthiques, moraux. Et même si un jour je sonne comme Dolly Parton, il y aura toujours quelque chose de punk dans ma musique. C’est pour cela que je peux aussi bien m’identifier à Patti Smith qu’à Katy Perry !

À quoi ressemblent vos concerts désormais ?

Beth Ditto : Je n’ai le droit de rien dire ! Il y a un guitariste, un synthé, un batteur, un bassiste et moi. Je pense que ce sont des concerts très sympas et pas si différents de ceux de Gossip. J’interprète principalement des chansons de mon dernier album mais pas seulement. Quand je vais voir le concert de quelqu’un qui était auparavant dans un groupe et qu’il joue des chansons de son ancienne formation, ça me rend tellement heureuse ! Je tiens donc vraiment à le faire aussi, pour faire plaisir au public. Il y a donc des chansons de Fake Sugar, de Gossip, des reprises et… je parle beaucoup aussi !

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Fake Sugar est produit par Jennifer Decilveo ; c’est un album conçu, chanté et produits par des personnes queers. Est-ce que cela change quelque chose au processus de création ?

Beth Ditto : Oui, c’est totalement différent. Quand vous travaillez avec des personnes qui sont comme vous, il y a tout un langage qui est tacite : vous n’avez pas besoin de vous expliquer. Vos collaborateurs et collaboratrices vous comprennent vraiment, sur un plan plus profond, qui va bien au-delà de la musique, de la société ou du genre. Ils comprennent ce que vous êtes en tant que personne et en tant qu’être humain dans le monde. Quand vous travaillez dans ces conditions, ça se ressent nécessairement dans la musique, parce que vous êtes automatiquement plus à l’aise. Les rencontres musicales sont très difficiles, parce que faire de la musique est si intime.

Avec le succès de Gossip, vous avez été étiquetée porte-parole de la cause LGBT et vous êtes devenue une véritable icône. Avez-vous, par moments, souffert de ce rôle-là ?

Beth Ditto : Non, au contraire ; ça me rend heureuse de l’être ! Même si je ne peux pas parler pour tout le monde, bien sûr. Je ne peux pas parler pour une personne trans ou une personne de couleur parce que nos expériences sont très différentes. J’ai l’expérience d’une femme blanche qui a l’air hétéro. Tout ce que je peux faire, c’est parler de ce que je connais et de ce que je ressens. Et j’essaye de faire ça du mieux que je peux. Tu ne choisis pas d’être porte-parole. Tu ne peux pas te  réveiller un jour en te disant : «aujourd’hui je vais être une porte-parole». Les personnes qui te donnent ce statut sont le genre de personnes que je suis et ça veut dire beaucoup pour moi.

Je ne vois donc pas pourquoi je verrais ça comme quelque chose de mal. Je suis heureuse de le faire, c’est ma personnalité. Je connais des gens qui pensent que c’est un fardeau, parce qu’ils ne veulent être connus que pour leur art. Mais je ne crois pas qu’il y ait d’art sans politique. Par ailleurs, je ne me considérerai jamais moi-même comme une porte-parole. Tu ne décides pas si tu l’es ou si tu ne l’es pas, si les gens t’écoutent ou ne t’écoutent pas. Je suis donc ravie d’être écoutée et prise au sérieux plutôt que d’être juste dans un groupe de rock.

Comment se manifeste aujourd’hui votre engagement pour les droits LGBT ?

Beth Ditto : Cet engagement est dans mon art, dans le fait que je sois mariée avec une femme. Il s’affirme quand je parle aux gens. Il est tout simplement dans tout ce que je fais. Je ne l’évite jamais. Mon engagement, c’est ce que je suis. C’est comme respirer : cela fait partie de qui je suis.

 

Fake Sugar de Beth Ditto (Sony)
www.bethditto.com

 

Propos recueillis par Guillaume Wohlbang, Stéphane Caruana et Vanessa Oliveira
Traduction : Vanessa Oliveira

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