Cinq jours de jetlag musical, soixante-dix artistes, le tout dans un quartier à la mémoire révolue mais aux visées futuristes… Ce n’est pas un avant-programme de Nuit Sonores 2018, mais le résumé de la deuxième édition de Positive Education, le festival électronique-mais-pas-seulement qui monte, si vite qu’il est déjà notre préféré de la région.

On s’est retenu l’an passé, cette fois, nous n’y tenons plus : s’il y a bien une chose qu’a réussi le festival Positive Education, c’est l’amalgame de l’autorité et du charme. Autorité de la techno, dont les évolutions toujours plus martiales en disent long sur la qualité du fond de l’air, et charme surligné au khôl des musiques qui l’ont préfigurée dans les années 80. Une tête d’affiche de sa deuxième mouture incarne particulièrement cette synthèse : la collaboration entre Terence Fixmer, figure illustre de la musique désaffectée made in France (il fut même le premier Français à signer sur Ostgut Ton, le label de l’indéboulonnable Berghain), et Douglas McCarthy, la voix impérieuse de Nitzer Ebb, fer de lance britannique de cette musique crypto-SM qu’on appela l’Electronic Body Music (EBM). Pour le reste, c’est le lieu d’implantation de l’événement qui dessinera ce trait d’union entre tradition industrielle et modernité électronique : le quartier Manufacture, jadis organisé autour d’une usine d’armement et où se dresse désormais la Cité du Design.

La fête pas si triste

Pas moins de soixante-dix groupes et Dj’s y rivaliseront de noirceur et de mordant. Côté survivance eighties, il faudra compter avec les phénomènes turcs de She Past Away, qui poussent le post-punk dans ses retranchements gothiques, avec Underground Youth, duo anglais dont la vanité en mode Nouvelle Vague n’a d’égale que la classe de leurs exhalations psychédéliques, avec Patrick Codenys, membre historique de feu Front 242, autre monument (belge cette fois) de l’EBM, et surtout avec Trisomie 21, à la fois le représentant le plus discret et le plus légendaire de la cold wave made in France (que celui qui n’a jamais terminé une soirée «dark» par son Last Song se dénonce).

Côté grabuge so XXIème siècle, c’est évidemment la curée avec, parmi tant d’autres, Manu le Malin, big boss du hardcore et fan numéro 1 des câblages érotiques de H. R. Giger, l’énigmatique Rrose (photo), qui revisite la techno à l’aune du corpus minimaliste et déboussolant de Marcel Duchamp (travestissement inclus), et la riot grrrl du dancefloor, AZF, dont on vous avait longuement parlé il y a tout juste un an. Mais aussi le pape américain de la noise industrielle, Vatican Shadow, son complice parisien Low Jack, le duo allemand Ancient Methods, qui préfigurera le retour en intransigeance de la culture club… N’en jetons plus, vous allez déjà tellement ramasser.

 

Festival Positive Education #2
Du 9 au 12 novembre à Saint-Étienne
www.positiveeducation.fr

 

Photo : Rrose © DR

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