L’Association des journalistes LGBT a étudié le traitement des minorités à la télé. Et c’est pas joli-joli…

Comment parle-t-on des minorités (notamment sexuelles) à la télé française ? Quelles représentations le principal média de masse véhicule-t-il dans des millions de foyers chaque jour ? Telles sont les questions auxquelles l’Association des journalistes LGBT a tenté de répondre fin 2017.

Du 1er au 30 novembre, ses membres se sont infligé.es une centaine d’heures de programme, soit cinquante-six émissions de cinq talk-shows sur des chaînes et des groupes différents : Salut Les Terriens et Les Terriens du Dimanche (animés par Thierry Ardisson sur C8), On n’est pas couché (animé par Laurent Ruquier sur France 2), Quotidien (animé par Yann Barthès sur TMC), L’Heure des pros (animé par Pascal Praud sur CNews) et C Politique (animé par Karim Rissouli sur France 5). Ce dernier talk-show avait rejoint le panel étudié par l’association suite à une séquence où le polémiste Pascal Bruckner associait homosexualité et pédophilie…

De très nombreuses séquences problématiques

Si toutes les «perles» relevées par les journalistes de l’AJL (et compilées sur un site spécialement créé pour l’occasion) ne sont pas du même tonneau, elles témoignent cependant de la persistance à la télévision française de raccourcis, caricatures et volontés d’humilier les personnes sur la base de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, de leur sexe, de leur religion… Durant cette période où il a beaucoup été question de l’affaire Weinstein et de ses répercussions, l’AJL déplore par exemple que le harcèlement sexuel soit si fréquemment minimisé sur les plateaux télé. Elle pointe du doigt également l’obsession du chroniqueur Laurent Baffie (acolyte d’Ardisson qui s’était déjà fait remarquer en septembre pour avoir soulevé la jupe de la chanteuse Nolwenn Leroy lors d’une émission) pour «la sexualité, en particulier lorsqu’elle n’entre pas dans la norme hétérosexuelle».

Le traitement médiatique de la transidentité se révèle lui aussi très souvent extrêmement problématique, comme dans cette séquence de l’émission Quotidien du 10 novembre où une journaliste mégenre des personnes trans ou révèle leur deadname (leur ancien prénom). Il est évidemment possible de signaler les cas les plus graves au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). En 2017, cette instance a reçu plus de saisines que jamais : près de 90 000, contre 38 000 en 2016 et seulement 9 000 en 2015. À lui seul, le «canular» homophobe de Cyril Hanouna dans Touche Pas À Mon Poste en mai a suscité 39 000 plaintes. Et une amende de trois millions d’euros infligée par le CSA à la chaîne C8 (groupe Canal+). Preuve peut-être que la mobilisation des téléspectateurs et téléspectatrices peut porter ses fruits lorsqu’elle tape les chaînes au porte-monnaie…

Une charte et un kit contre l’homophobie

Fondée en 2013, au moment des « débats » sur le mariage pour tous et de l’étalage de parole homophobe qu’ils ont permis, l’AJL propose aux rédactions une «charte contre l’homophobie». Dévoilée le 17 mai 2015 à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, elle a été signée par une cinquantaine de médias, dont Le Monde, Libération… ou Hétéroclite. L’AJL a également édité un «kit», intitulé Informer sans discriminer. Traiter les thématiques LGBT avec justesse et dans le respect, à destination notamment des journalistes qui maîtrisent mal ces sujets et qui peuvent, parfois par maladresse plus que par volonté de nuire, déformer le vécu des personnes concernées.

Parfois contestées par une profession qui n’apprécie guère que ses confrères exercent sur elle un droit de regard et de critique (à l’image de ce que font d’autres associations, par exemple ACRIMED), ces recommandations (dont l’application ou non relève du libre choix éditorial de chaque rédaction) n’en constituent pas moins une source d’informations précieuse pour qui adhère à l’adage camusien selon lequel «mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde».

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