En France, ce sont au moins 200 personnes transgenres qui sont détenues en prison dans des conditions problématiques pour celles qui n’ont pas obtenu le changement de leur état-civil ou dont la transition physique n’est pas complète.

Elles sont incarcérées dans le quartier correspondant au genre qui leur a été attribué à leur naissance mais mises à l’isolement pour garantir leur sécurité. La mise à l’isolement peut être sollicitée soit par le ou la détenu·e, soit à l’initiative du chef ou de la cheffe de la prison, et doit reposer sur des motifs de sécurité ou de protection du ou de la détenu·e. Hormis dans de très rares établissements, ce régime de détention prive le ou la détenu·e de nombreuses activités, surtout collectives : cour de promenade, salle de sport, bibliothèque, travail, formation professionnelle, loisirs en groupe, etc.

Se pose également la question de l’accès aux soins. Le temps pour obtenir un rendez-vous médical est long, souvent plusieurs mois, durant lesquels la personne sera privée de son traitement hormonal.

Cette double peine s’aggrave encore lorsqu’il s’agit de détenu·es transgenres  étrangèr·es. Selon Giovanna Rincon, directrice d’Acceptess T, les femmes trans incarcérées seraient majoritairement des immigrées n’ayant aucun lien avec la France, venues pour la plupart d’Amérique latine ou d’Afrique. Leur détention est alors lourdement compliquée par la barrière de la langue, puisque beaucoup de demandes se font par écrit.

Les associations trans mobilisées

Ce constat soulève de légitimes inquiétudes. La Commission européenne a rappelé que l’exclusion d’un·e détenu·e de la collectivité carcérale ne doit pas «conduire à un isolement social et sensoriel (…), l’interdiction de torture ou de traitement inhumain (…) ayant un caractère absolu».

Les associations sont mobilisées pour accompagner ces détenu·es. À Lyon, Le Jardin des T a créé une Commission prison et a récemment obtenu une note de service, diffusée en Normandie, mais qu’elle souhaite voir étendue à toutes les prisons françaises. Toutes les femmes trans emprisonnées en France pourraient ainsi disposer d’un verrou intérieur dans leur cellule afin de garantir leur sécurité. Elles seraient également en mesure de cantiner des tenues féminines et des produits de beauté qu’elles pourront porter dans les cellules. Des étapes essentielles pour tendre vers plus de dignité.

 

Photo © Luis Argerich

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