Qu’est-ce qui fait courir Don Juan (Don Giovanni pour les Italiens) de jupons en jupons ? L’angoisse de la mort, la volonté sacrilège d’offenser Dieu et la morale ? Ou bien cet homme à femmes ne chercherait-il pas à fuir une homosexualité indicible et refoulée ?

http://data.abuledu.org/URI/53442cff don giovanniÀ vous de vous faire votre propre idée sur cette interprétation, désormais classique, du mythe à travers cette mise en scène de Don Giovanni, chef d’oeuvre de Mozart (et de son librettiste Da Ponte), par David Marton. Pour rappel, cet artiste hongrois avait déjà présenté à l’Opéra de Lyon, en 2015, ses propres versions d’Orphée et Eurydice de Gluck et de La Damnation de Faust de Berlioz. C’est l’occasion de revenir sur Don Juan, figure incontournable du séducteur.

L’histoire de Don Juan commence en 1630, quand Tirso de Molina écrit sa pièce L’Abuseur de Séville et le convive de pierre. Ce moine espagnol ne devait pas se douter qu’il donnait alors naissance à un mythe qui allait traverser les siècles et les arts. Les références à Don Juan se comptent par centaines, tant dans la littérature, la musique et la peinture que le cinéma. Pour n’évoquer que quelques noms, on peut citer Goldoni, Molière, Apollinaire, Goya, Delacroix, Liszt, Strauss, Vadim.

La question est de savoir pourquoi Don Juan fascine tant. Une réponse possible est que ce personnage complexe, aux visages multiples, nous interroge sur des sujets aussi divers que le désir, la sexualité, la liberté, le pouvoir ou la morale. Ainsi, chaque auteur peut explorer un thème en rapport avec son temps et y apporter sa propre conception. Pour ne prendre qu’une pièce du puzzle, on peut ainsi se poser la question : pourquoi Don Juan cumule-t-il les conquêtes ? Désir de séduire ? Pulsion ? Ou sentiment d’insatisfaction poussant notre homme à toujours rechercher ce qu’il ne peut atteindre ?

Une interprétation homosexuelle de Don Giovanni ?

Dans sa pièce La Nuit de Valognes (publiée en 1991 aux éditions Actes Sud), Eric-Emmanuel Schmitt tente d’y répondre. Cinq femmes, victimes du séducteur, convoquent Don Juan pour faire son procès et le punir. Mais c’est un Don Juan différent qui leur apparaît. Abattu, docile, il se soumet aux requêtes des plaignantes. La raison est que le bourreau des cœurs n’est plus intéressé par le sexe pour le sexe car il a découvert l’amour… auprès d’un homme. Schmitt propose donc une interprétation homosexuelle de Don Juan qui n’est ni plus vraie ni plus fausse qu’une autre, car c’est bien là le rôle des mythes : être des symboles qui ouvrent l’imagination.

Dans Don Giovanni, on retrouve les thèmes classiques liés à la figure de Don Juan, même si l’accent est surtout mis sur la liberté et le refus des conventions, deux sujets chers à Mozart et à son librettiste, Lorenzo Da Ponte. Mais si le succès de Don Giovanni n’a jamais faibli au fil des ans, ce n’est pas seulement à cause de sa partition, qui figure parmi les meilleures que Mozart ait composées et où chaque aria est un petit chef-d’œuvre. C’est aussi parce que le thème lui-même offre aux metteurs en scène une liberté leur permettant de renouveler sans cesse les approches de cet opéra.

La production de l’Opéra de Lyon, confiée à David Marton, risque fort de le confirmer. On connaît le penchant du metteur en scène à se libérer des livrets et à aller chercher un au-delà du texte. Avec Don Giovanni, c’est une mine qui lui est proposée : saura-t-il en faire émerger une pépite ?

 

Du 25 juin au 11 juillet à l’Opéra de Lyon, place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54

 

Tableaux : Le Naufrage de Don Juan (ou La Barque de Don Juan) par Delacroix et Don Juan et le fantôme du Commandeur par Fragonard

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