Le Théâtre de la Renaissance accueille Où les cœurs s’éprennent, une pièce qui reprend la trame de deux films-phares d’Éric Rohmer : Le Rayon vert et Les Nuits de la pleine lune.

Le cinéma d’Éric Rohmer filme la lumière : celle, toute intérieure, de nos croyances, doutes et idéaux ; celle qui nous fait avancer fébrilement dans la nuit (Le Rayon vert) ou celle qui nous mène aveuglément vers les désillusions (Les Nuits de la pleine lune).

Ou_les_coeurs_s_eprennent-Pierre-Grosbois

Éclairer les lueurs de l’âme, qu’elles soient motrices (comme dans Le Rayon vert, qui voit la lucidité de Delphine, l’héroïne, triompher dans l’épiphanie astrale finale) ou qu’elles soient révélées par une nuit de pleine lune dévoilant les déceptions amères d’une autre solitude (celle de Louise, l’héroïne des Nuits de la pleine lune) : tel est l’enjeu d’une filmographie prolixe et souvent décriée.

En effet, si le cinéma de Rohmer est, hélas, affublé de l’épithète péjorative de «bavard» (et donc mal compris), le metteur en scène Thomas Quillardet montre bien le lien ténu qu’entretiennent ses personnages avec le cosmos. C’est bien de cela qu’il est question dans sa pièce, Où les cœurs s’éprennent, qui emprunte son titre à un vers de Rimbaud.

"Que les cœurs s'éprennent" : une pièce pour (re)découvrir Éric Rohmer

Il s’agit d’éclairer la dimension ontologique de ces âmes qui se débattent, s’entêtent, plus ou moins consciemment, pour trouver un sens à l’être-là, oscillant entre l’enthousiasme et la déception, s’essoufflant entre le verbe et l’acte, perdues entre la contingence et la nécessité.

Une célébration des corps

Mais s’il éclaire les psychés et les cœurs de Delphine et Louise, le metteur en scène n’oublie pas la dimension charnelle de l’être. Au contraire, il souhaite faire flamboyer «tout l’humain (…) : son corps qui aime, son corps qui attend, son corps inquiet, son corps joyeux». Métaphore, semble-t-il, d’un cosmos, la scène est ainsi perçue comme une «cage» sur laquelle on pourra voir (plus qu’entendre) les corps des deux héroïnes résister pour affirmer leur choix d’une solitude plus voulue que subie.

Car, mieux qu’une réflexion sur le couple ou qu’une analyse sur le marivaudage hasardeux, le cinéma de Rohmer et la pièce de Quillardet mettent au jour (sans nécessairement l’élucider) cette question : l’être humain peut-il vivre seul ?

 

Où les cœurs s’éprennent, du 23 au 25 mai au Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel-Oullins / 04.72.39.74.91 / www.theatrelarenaissance.com

 

Photos © Pierre Grosbois

Un Réponse à “« Où les cœurs s’éprennent » : une pièce pour (re)découvrir Éric Rohmer”

  1. Mouret Michelle

    « Les nuits de pleine lune »,
    oeuvre essentielle d’Éric ROMHER…
    A rapprocher de Samuel BECKETT :
    « En attendant Godot ».

    Bonne lecture !
    Michelle

    Répondre

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