Dans son ouvrage Animaux homos, une synthèse enlevée mais rigoureuse, Fleur Daugey montre comment la diversité des pratiques sexuelles animales révèle les préjugés culturels d’un certain nombre d’observations et constitue un défi scientifique.

animaux homos fleur daugeyCela fait maintenant une trentaine d’années que la diversité des pratiques sexuelles animales est sérieusement étudiée et documentée. Des couples de cygnes mâles élevant des petits aux étreintes torrides entre femelles chez les macaques à face rouge, de l’hypersexualité tous azimuts des dauphins au changement de sexe du poisson-clown, variété et profusion se rencontrent de toutes parts. Elles opposent un sérieux démenti à une certaine vision (triste) de la sexualité animale, qu’on a longtemps imaginée guidée par le seul objectif de la reproduction. La synthèse que propose Fleur Daugey dans son livre Animaux homos : Histoire naturelle de l’homosexualité, rigoureuse mais toujours accessible, drôle sans tourner son objet en dérision, fait état de ces recherches récentes. Mais l’auteure rappelle surtout combien ces pratiques ont longtemps été minorées, voire complètement ignorées.

Quand la morale se mêle de zoologie

Les observations sur les mœurs animales étranges – réelles ou supposées – ne manquent pas dans la littérature scientifique. Les perdrix ont ainsi depuis l’Antiquité la réputation de faire preuve d’une «lascivité excessive» et sont même qualifiées, dans un ouvrage du XVIIe siècle, d’«oiseaux très salaces, tristement célèbres pour leur pédérastie et d’autres abominables copulations». Quant au lièvre, on supposait au Moyen-Âge qu’il lui venait un anus supplémentaire chaque année, ce qui permettait de déterminer son âge mais constituait une caractéristique anatomique tout de même plutôt suspecte.

Évidemment, ces remarques relevaient tout à la fois des sciences dites naturelles et de la réflexion morale. Mais, dans le système moderne des sciences, les observations concernant les pratiques animales «perverses» ne se sont imposées comme un objet de réflexion légitime que très progressivement, et non sans réticences On imagine ainsi qu’il a fallu un certain courage à cet ornithologue, face à deux mâles paradant l’un pour l’autre, pour décrire en 1906 ce qu’il a sous les yeux et qu’il a pourtant bien du mal à croire : «l’un persiste, par intervalles, à tenter de conclure avec l’autre, qui, de son côté, lui permet presque. […] Les oiseaux semblent à peine se comprendre eux-mêmes, ou savoir où leurs sentiments les mènent». Ils ne semblent pas les seuls à être troublés !

Fleur Daugey relève les défis des animaux homos

Prendre acte de ces pratiques suppose donc de passer outre un certain nombre de préjugés, mais soulève aussi des questions théoriques : comment concilier ces pratiques avec la théorie de l’évolution ? Fleur Daugey rapporte une hypothèse selon laquelle le plaisir qu’elles procurent renforcerait les espèces concernées, d’où leur pérennisation. Le plaisir, qu’on croyait l’apanage des humains… Voilà que d’un seul coup, ces animaux homos balaient hétéro- et anthropo-centrismes !

 

Animaux homos de Fleur Daugey (éditions Albin Michel)

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