Depuis le 14 juin et jusqu’au 15 juillet, la 21e édition de la Coupe du monde se déroule en Russie. Si la tactique de Deschamps ou la dernière coupe de Pogba nous importent peu, il est un sujet qui est des plus sensibles chez les footeux, qu’ils soient sur le gazon vert ou dans les tribunes : l’homosexualité. Ajoutez à cela un pays-hôte très intolérant envers la communauté LGBT et vous obtenez un état des lieux de l’homosexualité dans le foot, sauce Kremlin.

Une étude récente sur l’homosexualité dans le foot révèle qu’un supporter sur deux déclare avoir un jugement négatif sur l’homosexualité et que celle-ci reste un tabou pour 63% des joueurs professionnels et 74% des jeunes joueurs. «Pédé», «enculé», «tafiole» : nul besoin d’avoir passé son enfance au bord du terrain pour savoir que ces insultes sont monnaie courante quand la partie bat son plein. La course à la performance, la valorisation de la virilité et le fanatisme démesuré des supporters sont autant de raisons qui semblent expliquer l’homophobie dans le football.

« Peut mieux faire mais fait des efforts »

Si le constat est accablant, le mauvais élève football montre des signes d’amélioration.

Le plus récent remonte au 8 juin, lors de l’affiche amicale France-États-Unis à Lyon. À cette occasion, les numéros de maillot des joueurs américains étaient ornés des couleurs de l’arc-en-ciel en soutien à la campagne américaine You Can Play, qui défend les droits des lesbiennes, des homosexuels, des bisexuels et des trans dans le sport. Depuis 2012, cette campagne pour l’homosexualité dans le foot a noué de nombreux partenariats avec des ligues de sport ainsi qu’avec plusieurs universités, toutes engagées pour mieux défendre l’égalité, le respect et la sécurité de tou·tes les sportifs et sportives.

Très investi dans la cause LGBT, le football britannique (considéré comme le meilleur championnat au monde et surtout le plus médiatisé) s’engage sur le terrain en soutenant la campagne Rainbow Laces. Lancée par l’association caritative Stonewall, qui promeut les droits LGBTI, cette opération tire son nom des lacets arc-en-ciel qu’arborent chaque année des joueurs de Premier League.

Il y a moins d’un an, l’arbitre Ryan Atkin, évoluant en Angleterre, a révélé son homosexualité. Dans toute l’histoire du football, il est le premier membre du corps arbitral à briser ce tabou. Interviewé par Sky Sports, il a affirmé qu’«être gay n’a aucune importance quand il s’agit d’arbitrer un match de football». Selon lui, «l’homophobie est toujours un problème, mais les choses s’améliorent tous les jours. On peut changer le jeu et la culture si on change les esprits. Les gens bien dans leur peau au travail sont plus efficaces. La même chose est vraie dans le sport professionnel». Prochaine étape : carton jaune à chaque insulte homophobe, M. Atkin ?

Russie + Coupe du monde = mauvais élèves

En 2013, la Russie avait choqué l’opinion internationale en votant une loi interdisant «la propagande homosexuelle devant mineurs», laissant clairement comprendre l’hostilité du gouvernement et de l’opinion russes à l’encontre de la communauté LGBT. Cinq ans plus tard, les choses ne s’améliorent pas : les actes homophobes ne sont toujours pas punis par la loi. Selon un récent sondage, 81% des Russes pensent que l’homosexualité est répréhensible.

La dernier haut fait à ce sujet revient au militant britannique Peter Tatchell, interpellé près de la place Rouge jeudi 14 juin, à quelques heures du coup d’envoi de la Coupe du monde. Il arborait une pancarte sur laquelle était inscrit : «Poutine échoue à agir contre la torture d’homosexuels en Tchétchénie». Il a été embarqué par la police moscovite. À sa sortie, il continuait à proclamer qu’«il ne peut y avoir de relations sportives normales avec un régime comme celui de Vladimir Poutine». Ce militant majeur des droits LGBT au Royaume-Uni a subi ainsi sa troisième arrestation en Russie. Il avait déjà été interpellé à Moscou en 2007 lors d’une Pride rythmée par des violences, durant laquelle il avait notamment été frappé au visage.

Malgré cela, Vladimir Poutine a assuré aux supporters gays qu’ils seraient les bienvenus lors de la Coupe du monde. Rappelons qu’en Russie, et notamment dans la capitale, de nombreux commerces interdisent l’accès aux homosexuel·les, à l’aide de pancartes affichées à l’entrée.

L’homosexualité dans le foot : et la France dans tout ça ?

Difficile de recenser des cas de coming-out dans le football français. Au niveau professionnel, Olivier Rouyer est le seul joueur à avoir franchi le pas, plus de dix ans après avoir raccroché les crampons, jugeant que «[s]a carrière en aurait pâti [s’il] l’avait annoncé alors [qu’il] évoluai[t] encore au haut niveau». Yohann Lemaire a eu le courage en 2009 d’évoquer son homosexualité alors qu’il évoluait en DHR (à trois divisions du football professionnel). Pris à partie par ses coéquipiers et mis au placard par ses dirigeants, il retente le coup un an après sous l’impulsion du président de la Fédération Française de Football. C’est un échec : les dirigeants du club le recalent, à nouveau.

Depuis, Yoann Lemaire milite pour l’égalité des chances dans le football. Il joue des matchs de charité aux côtés des champions du monde 98, a sorti un livre intitulé Je suis le seul joueur de foot homo, enfin j’étais… et, en 2017, il a intégré la réserve citoyenne de l’Éducation nationale. Interrogé récemment par Le Point sur la question de l’évolution des mentalités, il a toutefois du mal à cacher son amertume : «quand je reviens dans mon club, je retombe sur le même coach, les mêmes dirigeants, et ça n’a pas évolué, ils ne veulent toujours pas en parler : ça les emmerde».

Un tabou dans le football féminin aussi

Créée en janvier 2012, l’association Les Dégommeuses poursuit deux objectifs majeurs : la promotion du foot féminin et la lutte contre le sexisme, les LGBT-phobies et plus généralement toutes formes de discrimination. «Les choses bougent au niveau du foot féminin mais l’homosexualité est un tabou encore et toujours. Pas un joueur ou joueuse en activité, en France, n’a fait son comingout» déplore Veronica Noseda, membre du Comité d’administration de l’association.

S’il est si dur de s’assumer dans ce sport, c’est selon elle parce que «le foot est un univers extrêmement genré où l’expression de la virilité est maximale». Afin de remédier à cette situation, l’association propose des tables rondes auprès des jeunes dans les clubs de football. Leur dernier fait d’armes ? Un coming-out collectif. Mais «les gens ne sont pas prêts, ils ont encore peur du jugement des autres» prévient Veronica Noseda. Preuve que le chemin de l’acceptation de l’homosexualité dans le foot est encore long…

 

Photo © Jens Dresling

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