Il ou Elle, c’est “un conte”, comme le dit la réalisatrice Anahita Ghazvinizadeh, un conte de poésie et de mélancolie. La réalisatrice iranienne traite ici de l’identité de genre et des questionnements que cela soulève, en mettant en scène l’histoire de J, un·e jeune adolescent·e non-binaire qui tente de retarder sa puberté pour repousser l’échéance incontournable et menaçante de devoir trancher.

Je ne connais pas mon âge, dis-moi quel âge j’ai”, murmure J en récitant ce poème comme un mantra. J prend un traitement bloquant sa puberté, le temps de prendre sa décision : vers quel type d’hormones s’orienter. Mais J ne sait pas. Sous les conseils de sa petite amie, J inscrit tous les matins “G” ou “F” sur une feuille de papier, selon comment l’adolescent·e se sent – et parfois J laisse un blanc. Un camarade lui dit que si J n’est ni une fille, ni un garçon, alors J n’est rien. Alors, J se donne cette parenthèse dans sa croissance, une pause de douceur et la réalisatrice Anahita Ghazvinizadeh peaufine à la perfection cette bulle fragile, cristallisée en cette dernière journée mise en scène dans Il ou Elle, la dernière journée avant de devoir annoncer son choix au médecin.

J-1

J passera cette dernière journée avec sa sœur Lauren et le compagnon de cette dernière, Araz, en pleine immersion dans la culture iranienne. Au sein de la famille d’Araz, il est alors question de naturalisation, de danger de retourner en Iran en prenant le risque de ne plus pouvoir revenir aux États-Unis, d’interculturalisme aussi et de communication entre Lauren et le reste de la famille. Mais la caméra d’Anahita Ghazvinizadeh ne s’éloigne jamais vraiment de J, comme une attention portée à tout instant à son égard, tendrement. Malgré l’animation des autres enfants et des parents, c’est le visage pâle, les yeux creux déjà épuisés de J que l’on voit, et dont la délicatesse se confond avec celle des gros plans fleuris disséminés dans le film.

Entre autres effets esthétiques, on appréciera également ces séquences où le son est décalé de l’image — ou plutôt, où le son de l’image se superpose à celui d’une autre. Lorsque J raconte la disparition de sa tante dans la forêt, on entend les foulées de cette dernière dans un bois, on entend son souffle et les oiseaux. Lorsque le médecin parle de sa thérapie à J, on voit l’adolescent·e non pas face à ce dernier, mais marchant dans l’hôpital, comme si ces paroles résonnaient encore dans les couloirs de son esprit. Sans prétention, ce premier long-métrage d’Anahita Ghazvinizadeh est chargé d’émotions justes, transmises par les acteurs et actrices, notamment le remarquable jeune acteur trans Rhys Fehrenbacher qui joue le rôle de J.

Il ou Elle

De Anahita Ghazvinizadeh, avec Rhys Fehrenbacher, Nicole Coffineau, Koohyar Hosseini…

Sortie le 29 août. Diffusé à Lyon au Cinéma Opéra à partir du 31 août.

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