L’ensemble baroque lyonnais Les Nouveaux Caractères, dirigé par Sébastien d’Hérin, interprète le Stabat Mater de Pergolèse au Théâtre de la Renaissance. Cette mise en scène de David Bobée et de Caroline Mutel propose une lecture contemporaine fulgurante de cette œuvre majeure du répertoire sacré.

 

Le Stabat Mater est une séquence liturgique qui évoque la douleur de Marie au pied de la croix. La tension dramatique, la souffrance exprimée par le texte, ont inspiré une palette de compositeurs de la période baroque jusqu’à nos jours. Mais quand on évoque un Stabat Mater, c’est surtout à celui de Giovanni Battista Pergolesi (Pergolèse) que l’on songe. Rongé par la tuberculose, le compositeur italien, au terme de sa courte vie (1710-1736), écrit une œuvre d’une telle intensité émotionnelle que Johann Adam Hiller (1728-1804) dira d’elle que « quiconque peut demeurer impassible en entendant ceci ne mérite pas d’être appelé un être humain.» Et c’est bien d’humain qu’il s’agit dans la mise en scène de Caroline Mutel et David Bobée. Créé en avril dernier au Centre Dramatique National de Normandie-Rouen, ce Stabat Mater délaisse la religiosité de l’œuvre pour sonder l’âme d’une humanité incarnée. Le travail artistique de Bobée qui se situe au croisement du théâtre, de la musique, de la danse et du cirque, se veut également porteur d’une parole militante célébrant la diversité. Ainsi, l’été dernier lors du festival d’Avignon, il a proposé un feuilleton théâtral pour interroger la notion de genre et repenser le droit à la non-discrimination et à la non-assignation. 

 

Stabat-Mater-Arnaud-BertereauDe mère à mer 

 Avec ce Stabat Mater, David Bobée s’empare de la douleur de la vierge Marie et la transpose sur une humanité contemporaine en souffrance. Il nous offre ainsi une succession de portraits évoquant tour à tour des migrants errants, n’ayant qu’une tente comme abri, ou des hommes victimes de barbarie. Entre les scènes, il nous fait entendre le témoignage de migrant·es rescapé·es en Méditerranée lors de l’opération de sauvetage italienne Mare Nostrum de 2013. Ironie de l’actualité, il est impossible de ne pas faire le parallèle avec les errances, cet été, du navire Aquarius, rejeté de port en port après avoir sauvé les laissé·es-pour-compte d’une humanité déshumanisée. Sous l’œil attentif de Sébastien d’Hérin, qui accompagne la douleur exprimée par des clusters déchirants sur son clavecin, l’ensemble lyonnais Les Nouveaux Caractères interprète ce Stabat Mater avec une émotion transcendée par la scène. La mezzo-soprano Aurore Ugolin et la soprano Caroline Mutel incarnent ces voix douloureuses écrites par Pergolèse, tout en nous invitant à la compassion, à l’amour de l’autre. Voir et entendre ce spectacle, c’est rompre avec le cérémonial religieux du Stabat Mater que l’on connaît pour en goûter sa portée universelle. 
 

Stabat Mater, du 4 au 6 octobre 2018, au Théâtre de la Renaissance, 7 rue Orsel – Oullins / 04.72.39.74.91 
www.theatrelarenaissance.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.