«YouTubeur », « théâtreux », « mec trans NB [non-binaire] », « gay », « autiste »… ne sont que quelques-uns des qualificatifs qu’il utilise pour se décrire dans sa bio sur Twitter. Portrait du Lyonnais Alistair Houdayer, 20 ans.

 

On a découvert Alistair Houdayer sur scène, l’an dernier. Le jeune étudiant en théâtre (il était alors élève à l’école Arts en Scène, qu’il vient de quitter pour une L3 Arts du spectacle à Lyon II) dansait dans une version solo du Sacre du printemps mise en scène par Benjamin Forel, de la compagnie L’Ineffable Théâtre. Le ballet païen de Stravinsky, dans lequel le sacrifice d’une jeune vierge permet la renaissance de la nature, n’était pas sans évoquer le vécu de son interprète. « C’est un peu comme si l’homme que je suis se livrait sur scène au sacrifice de la femme que j’étais aux yeux du monde » analyse celui-ci. Le spectacle a d’ailleurs été repris cet automne (les 3 et 4 octobre, à l’espace éphémère d’art Le Bac à sable, à Confluence) avec un autre danseur, Alexandre Bado, qui pratique le drag. Depuis Le Sacre, le jeune comédien a joué dans deux autres pièces, rejoint un collectif d’artistes autistes francophones (Spectre artistique) et écrit un bref mémoire sur « la place et l’impact des identités et vécus neuroqueers dans les arts de la scène », qui lui a permis d’approfondir sa réflexion personnelle sur « comment faire du théâtre quand on est autiste ». 

 

Pas besoin d’hormones pour être un homme 

 

Lorsqu’il n’est pas sur scène ou en cours, Alistair réalise depuis sa chambre des vidéos qu’il poste sur sa chaîne YouTube, H Paradoxæ. C’est ce qui lui a valu d’être filmé fin août par le tout nouveau média LGBT en ligne Komitid. Dans une courte vidéo de deux minutes, il explique qu’il ne souhaite pas (du moins pour le moment) prendre un traitement hormonal ni subir d’opérations chirurgicales, et qu’il n’en est pas moins un homme pour autant. «J’ai accepté d’apparaître dans cette vidéo parce que nous, les hommes trans non-opérés et non-hormonés, on manque complètement de représentations. Je ne vois jamais personne qui me ressemble et, du coup, je ne sais pas du tout comment sera mon corps dans vingt ans ». La vidéo a provoqué des réactions contrastées au sein de la communauté trans.

Certain·es ont remercié Alistair de rappeler que les personnes trans non-opérées et non-hormonées ne sont pas moins légitimes que les autres. D’autres ont estimé au contraire que ce discours renforçait la pression sociale qui pèse sur les trans et qui veut les dissuader de subir des modifications corporelles irréversibles. « C’est le propre des injonctions oppressives d’être contradictoires » se justifie Alistair. « On nous dit d’un côté qu’une personne trans non-opérée n’est pas vraiment trans et de l’autre qu’il vaut mieux attendre et retarder sans cesse l’opération… C’est vrai que ce que je dis dans cette vidéo peut être récupéré et retourné contre celles et ceux qui souhaitent transitionner médicalement. Mais c’est mon expérience et celle d’une partie des personnes trans et je n’ai jamais voulu généraliser mon propos à toute la communauté ». Habitué des débats théoriques et politiques, souvent passionnants mais très vifs, qui agitent ladite communauté, Alistair entend bien continuer à s’exprimer sur sa chaîne YouTube et à apporter ainsi à son public « des ressources encore trop rares » sur les transidentités. 

 

www.twitter.com/hparadoxa 

 

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