Une Histoire des sexualités propose une synthèse passionnante des recherches historiques et culturelles sur les sexualités en Europe occidentale, de l’Antiquité à nos jours.
 

Dès la couverture et ses formes plus ou moins anthropomorphes qui semblent s’imbriquer les unes dans les autres de toutes les façons possibles, on devine qu’Une Histoire des sexualités n’est pas simplement un pavé très sérieux – ce que le livre est effectivement – mais que c’est aussi un ouvrage surprenant, multipliant les points de vue, et qui ne s’interdit pas la fantaisie.

Dans la lignée de l’Histoire de la sexualité initiée par Foucault en 1976, l’équipe d’historien·nes emmenée par Sylvie Steinberg considère la sexualité comme un fait culturel, qui de ce fait varie dans le temps : de l’Antiquité à nos jours est montré comment chaque période redéfinit ce qui est autorisé et interdit, infâme et/ou désirable. L’idée que nous nous faisons de la sexualité elle-même, comme de quelque chose relevant de l’intimité et contribuant à définir nos identités, n’apparaît d’ailleurs qu’au XIXe siècle : se demander comment elle était envisagée avant suppose donc de remettre en cause pas mal des idées apparemment évidentes – à commencer par celle d’orientation sexuelle. 

 

Sexualités plurielles

Sandra Boehringer promet ainsi un « voyage exotique » dans l’Antiquité grecque et romaine. Et elle a bien raison, tant les discours et les mentalités peuvent aujourd’hui surprendre : le sexe des protagonistes y est par exemple bien moins important que leur statut social. Si vous êtes un notable grec en vue, personne ne vous reprochera de recourir aux services d’un ou d’une prostitué·e (peu importe), mais on se moquera de vous, et cela nuira à votre carrière, si vous vous amourachez d’un·e esclave que vous couvrez de cadeaux (se laisser emporter par son désir au point de dépenser trop, voilà qui est grave !). Quant aux poèmes d’amour de Sappho, ils sont célébrés durant toute l’Antiquité, mais le fait qu’ils s’adressent à une femme ne retient pas particulièrement l’attention.  

Une Histoire des sexualités tient toutes les promesses de son titre : ce sont bien les sexualités qui y sont étudiées, dans leur diversité, les sexualités minoritaires constituant un des fils rouges de l’ouvrage, abordé en détail dans chaque chapitre. Il y est bien souvent question de domination masculine, de répression parfois violente mais aussi de multiples gestes émancipatoires, de malentendus parfois drôles, d’avancées petites ou grandes, ayant eu des suites ou pas: un livre pour la mémoire donc, mais qui donne aussi des idées pour le présent. Ce n’est pas la moindre de ses qualités. 

 

Une Histoire des sexualités, sous la direction de Sylvie Steinberg (Presses Universitaires de France) 

 

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