Le chorégraphe africain-américain Kyle Abraham revient à la Maison de la Danse, deux ans après y avoir présenté Pavement, avec Live! The Realest MC, pièce qui explore la complexité de grandir gay et noir aux États-Unis. 

 

En novembre 2015, Kyle Abraham s’était révélé aux yeux du public lyonnais avec Pavement, une pièce sur la difficulté d’être noir·e dans les quartiers défavorisés de Pittsburgh, la ville natale du chorégraphe. À l’époque, le spectacle trouvait un sinistre écho dans l’actualité avec l’affaire Michael Brown, du nom de ce jeune Africain-Américain âgé de 18 ans et abattu, alors qu’il était non-armé, par un policier de la ville de Ferguson dans le Missouri. Longtemps interprète au service de Bill T. Jones , figure majeure homosexuelle et noire de la danse américaine, Kyle Abraham explore avec sa propre compagnie les problématiques de la communauté africaine-américaine ainsi que celles liées à la sexualité, et plus particulièrement à l’homosexualité. C’est d’ailleurs ce qu’il propose avec Live! The Realest MC, même si la source d’inspiration qu’il cite pour ce spectacle peut surprendre au premier abord.  En effet, dans cette pièce semi-autobiographique, Abraham s’appuie en partie sur l’histoire de Pinocchio, de cette marionnette qui souhaite devenir un « vrai garçon ».  

 

Abattre les tréteaux 

En se plongeant dans ses propres souvenirs, Kyle Abraham fait le constat qu’à un certain âge, au moment de l’adolescence, de nombreuses personnes LGBT éprouvent le besoin de passer inaperçues, de se fondre dans la masse. Et pour se faire, elles endossent les mimiques et les habitudes de leur entourage, du plus grand nombre. Elles retiennent des gestes ou des intonations qui les mettraient à découvert aux yeux des autres. Elles ne sont au final que des marionnettes, contraintes par la norme environnante. On conçoit alors combien une telle réflexion, sur le mouvement retenu, sur le geste avorté, peut nourrir le travail chorégraphique de Kyle Abraham. Live! The Realest MC donne ainsi à voir cette expérience, quasi commune à toutes les personnes LGBT, du passage à l’acceptation de soi. Et bien que les époques évoluent, que la scène hip-hop US ne soit plus celle qu’Abraham a côtoyée quand il vivait à Pittsburg, que des rappeurs noirs américains comme Le1f revendiquent fièrement leur homosexualité, on comprend qu’à titre personnel, cette mise à nu face aux yeux du reste du monde, soit toujours une épreuve, plus ou moins facilitée selon le contexte. On ne sort pas facilement du théâtre de marionnettes et on y retombe parfois, mais la possibilité de s’en échapper est toujours présente.

 

Live! The Realest MC, du 11 au 13 octobre à la Maison de la Danse
8 avenue Jean Mermoz-Lyon 8 /04.72.78.18.00
www.maisondeladanse.com

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