Avec Hérodiade en ouverture de sa saison lyrique, l’opéra de Saint-Étienne rend hommage au compositeur Jules Massenet, un enfant du pays né en 1842 à Montaud, aujourd’hui un quartier de la cité stéphanoise.

 

Après avoir obtenu la reconnaissance de la critique avec Le roi de Lahore et avant d’acquérir la consécration avec Manon, Massenet et le librettiste Paul Milliet réalisent avec Hérodiade une transition subtile entre la tradition du grand opéra français et des œuvres plus intimistes comme le sera Werther. Tiré d’Hérodias, l’un des Trois contes de Gustave Flaubert, l’opéra met en scène le faste de l’histoire romaine et biblique. Mais c’est surtout dans la figure d’Hérodiade, le rôle-titre, qu’il faut y trouver une approche courageuse pour l’époque. Cet opéra développe une sensualité et un érotisme qui ne furent pas du goût de Monseigneur Caverot, cardinal de Lyon. Fidèle au dogmatisme religieux, il réclama auprès du pape Léon XIII que le compositeur et le librettiste soient excommuniés, l’autorité catholique n’ayant guère apprécié la représentation donnée de Saint Jean le Baptiste : au début du quatrième acte, enfermé dans sa geôle, le prophète se met à douter et interroge Dieu sur cet amour sensuel qui vient ébranler sa foi et qu’il éprouve pour Salomé, la fille d’Hérodiade. 

 

Une réflexion sur la condition féminine 

 

Mais ce qui est bien plus intéressant avec Hérodiade, c’est qu’elle est une femme rare dans l’univers de l’opéra. Trop souvent, d’Eurydice à Carmen, l’héroïne d’opéra est victime de son tempérament et de ses désirs. Elle n’est jamais mère. Quand elle l’est, comme Madame Butterfly, le désir féminin se sacrifie sur l’impératif maternel. Avec Hérodiade, Massenet nous offre un personnage dont le conflit intérieur est de choisir entre son désir de femme et son statut de mère. Cela est clairement dit par le prêtre Phanuel au troisième acte quand il jette au visage d’Hérodiade : « Va ! tu n’es qu’une femme ! Une mère, jamais ! ». Comme si cela était incompatible. En quelques mots, Milliet résume et dénonce la vision que la société a de la femme : une dualité entre désir et maternité, cette dernière étant vue comme un aboutissement. C’était vrai en 1881, c’était vrai avant et c’est encore malheureusement vrai aujourd’hui. Une vision machiste et patriarcale, réduisant la moitié de l’humanité à un utérus. Reste qu’intentionnellement ou non,  Massenet et Milliet soulèvent là une des questions de la condition féminine, qui reste tristement d’actualité.  

 

Hérodiade, du 14 au 18 novembre à l’Opéra de Saint-Étienne, Jardin des Plantes-Saint-Étienne / 04.77.47.83.40 

www.opera.saint-etienne.fr 

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