Elle rappe, récite, écrit, maîtrise plusieurs genres littéraires. À tout juste 30 ans, la Londonienne Kate Tempest n’en finit pas de nous impressionner. Sa pièce Fracassés, traduite et mise en scène par Gabriel Dufay, sera jouée en janvier aux Célestins hors les murs. Une première à Lyon.

 

Le sujet de la pièce, parue sous le titre original Wasted en 2013, n’est pas joyeux et les personnages sont a priori, plutôt stéréotypés : Ted, fonctionnaire prisonnier de la monotonie du travail, Danny, musicien frustré, et Charlotte, jeune professeure désabusée, font le point dix ans après la mort de leur ami Tony. Confrontés aux fantômes de ce qu’ils auraient pu devenir, ils se mettent à rêver d’une autre existence. Kate Tempest parle d’une génération aux rêves anéantis, esclave de jobs insatisfaisants et de quotidiens mornes. Elle parle du deuil, de la drogue et de l’incertitude de notre époque. Elle est lucide. Mais par les mots, elle nous amène à voir plus loin : sous le fracas, la lumière.

Credit-Vladimir Vatsev - Fracasses(1)En empathie avec le genre humain

Kate Tempest aime fouiller la divinité cachée au fond de chacun de ses personnages. La dimension mythologique de ses récits est précisément ce qui rend son écriture singulière. Dans son long poème Brand New Ancients paru plus récemment en français, elle écrit : « Au temps anciens les mythes étaient ces histoires qu’on utilisait pour se raconter ». Ainsi, sa langue poétique est vectrice de métamorphoses pour les personnages, mais elle sert également à transcender l’individu pour aller vers le collectif. Paradoxalement, le constat est ici aveuglant : nous sommes le reflet de nos sociétés modernes obsédées par le profit. « Voir vraiment l’état des choses est mortel », clame Tempest dans Hold your own en faisant référence au mythe de Tirésias, aveuglé par sa clairvoyance. Selon Gabriel Dufay, cette figure de Tirésias, qui change de sexe plusieurs fois selon les versions du mythe, représente d’ailleurs une sorte d’alter ego de la poétesse londonienne. D’après lui, Kate Tempest ne se revendique d’aucun genre, d’aucun âge : « C’est une prophète, un enfant, un vieux sage, simplement en empathie avec le genre humain ».

Touché par cette empathie, Gabriel Dufay a souhaité faire de la pièce Fracassés une œuvre scénique protéiforme. Afin de faire ressortir l’énergie combative du texte, plusieurs éléments sont utilisés : le Krump (danse très rapide et expressive, née dans les quartiers pauvres de Los Angeles), la course à pied filmée ou encore la musique électronique. De plus, le metteur en scène, également présent sur le plateau, s’est entouré de Claire Sermonne et Clément Bresson, deux interprètes choisi·es pour leur rapport incarné au jeu. Enfin, le choix des panneaux amovibles qui permettent à l’espace scénique de contenir d’autres espaces, peut être vu  métaphoriquement : nous abritons notre propre poésie libératrice.

 

Fracassés, du 4 au 11 janvier au Théâtre du Point du Jour, 7 rue des Aqueducs-Lyon 5 / 04.72.77.40.00

www.theatredescelestins.com

Dans le cadre des Célestins hors les murs

 

© Laure Hirsig – Vladimir Vatsev

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.