Le Théâtre de la Croix-Rousse nous donne à voir Fricassée de maris, adaptation scénique des récits des peuples indigènes publiés par Betty Mindlin en 1997. À la fois drôle et cruelle, cette pièce place la femme au centre de la société, aux antipodes de nos société patriarcales.


Il y a vingt ans, l’anthropologue brésilienne Betty
Mindlin publiait Moqueca de maridos (paru en français en 2005 aux éditions Métailié sous le titre Fricassée de maris : mythes érotiques d’Amazonie), un ouvrage dans lequel elle explorait les rapports amoureux de six peuples indigènes de la plus grande forêt tropicale au monde. Séduite par le rôle central que tiennent les femmes dans ces récits tantôt crus, cruels ou drôles, Chloé Bégou, de la compagnie La Colonie Bakakaï, en propose aujourd’hui une adaptation scénique et musicale avec la collaboration de l’ensemble Op. Cit.

La comédienne et metteuse en scène féministe est engagée depuis de nombreuses années dans l’association HF Auvergne-Rhône-Alpes, qui se bat pour l’égalité entre femmes et hommes dans le monde de la culture. Et on comprend facilement ce qui l’a attirée dans ces contes des antipodes : si les sociétés dont ils sont issus ne sont pas exemptes de domination (on n’est pas ici dans le mythe rousseauiste du bon sauvage), les rapports de pouvoir entre hommes et femmes y semblent néanmoins nettement plus favorables que chez nous à ces dernières.

En incarnant, toute de rouge vêtue, ces récits souvent étonnants pour le public occidental, Chloé Bégou rappelle que nos façons de penser le couple, la famille ou la sexualité ne sont pas universelles et que d’autres configurations sont donc possibles, qu’il n’appartient qu’à nous d’inventer. On pense parfois à l’anthropologue Maurice Godelier, élève de Lévi-Strauss qui, contre le modèle unique et étriqué que souhaitent imposer La Manif Pour Tous et ses émules, a souvent défendu la diversité des formes de parentalité dans les sociétés humaines. L’excitation que procure le spectacle n’est alors pas seulement érotique (même si le sexe est ici présenté sans fard) : elle est tout autant intellectuelle et nous invite à questionner nos propres jeux de l’amour et des corps. 

 

Fricassée de maris, mardi 11 décembre au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 / croix-rousse.com
 

Université d’automne du mouvement HF, les 15 et 16 décembre à la MJC Villeurbanne, 46 cours du Docteur Jean Damidot-Villeurbanne

 

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