En ce début d’année, l’opéra de Lyon propose à l’affiche De la maison des morts, le dernier opéra de Leoš Janácek, dans une production mise en scène par l’artiste polonais Krzysztof Warlikowski. Une plongée dans l’univers carcéral d’après le récit autobiographique de Dostoïevski.

 

C’est sur la fin de sa vie que Janácek (1854-1928) pense à mettre en musique le récit de Dostoïevski Souvenir de la maison des morts. Cette maison des morts, c’est un bagne en Sibérie dans lequel l’écrivain russe a été emprisonné durant quatre années de 1850 à 1854, après avoir vu sa peine de condamnation à mort commuée en travaux forcés. De ce roman, témoignage du vécu de Dostoïevski, le compositeur tchèque, qui a écrit le livret lui-même, a retiré toute intrigue dramatique pour se concentrer sur les portraits de ces prisonniers et sur leurs conditions de vie carcérale. De fait, l’opéra de Janácek est une innovation dans l’histoire de l’art lyrique. Peut-on parler d’opéra pictural dans lequel le thème du tableau serait représenté par les portraits successifs de Chapkine, emprisonné pour vol, et de Chichkov qui a assassiné sa femme ? Quant à la musique, elle ne serait plus là pour accompagner l’action mais pour donner de la couleur aux récits de ces prisonniers, aux murs qui les emprisonnent et aux surveillants qui les maltraitent. 

 

Leçon d’humanisme 

Mais la violence n’est pas que du fait des gardiens, elle n’est pas non plus la conséquence d’une quelconque tension dramatique, elle est intrinsèque à l’enfermement. C’est ce qui rend l’opéra de Janácek si troublant. Il délaisse l’action pour ne rendre visible et audible que les concepts bruts. La mise en scène de Warlikoswki, déjà donnée au Royal Opera House de Londres et à la Monnaie de Bruxelles, questionne justement ces concepts. Warlikowski montre le caractère atemporel de la violence physique et psychologique du système carcéral en projetant des témoignages de prisonniers actuels. Il en dénonce l’absurdité en faisant aussi appel à des interventions de Michel Foucault. Le philosophe français, qui a pensé le système carcéral dans Surveiller et punir, n’a en effet eu de cesse de dénoncer l’inanité de l’emprisonnement qui déshumanise bien plus qu’il n’insère. Mais parce que l’homme est ainsi fait, De la maison des morts, tel un clair-obscur montre aussi les aspects lumineux de ces prisonniers : la solidarité, l’altruisme et la tendresse. Comme lorsqu’ils soignent un aigle blessé, symbole de liberté, qui une fois guéri, s’envole dans les airs. Ou bien dans les liens qui se nouent entre Goriantchikov, un noble lettré et le jeune Alieïa : une relation quasi filiale ou homo-sensuelle selon le parti-pris de mise en scène. De la maison des morts, opéra testament de Janácek, n’a pas fini de pousser metteur·ses en scène et public à réfléchir à l’efficience des peines d’emprisonnement. 

 

De la maison des morts, du 21 janvier au 2 février à l’Opéra de Lyon, 1 place de la Comédie-Lyon 1 / 04.69.85.54.54 www.opera-lyon.com 

 

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