Le célèbre compositeur de musiques de films, Michel Legrand, est décédé le 26 janvier dernier à 86 ans. Retour sur une carrière qui a maintes fois servi de bande originale aux imaginaires cinématographiques LGBT. 

Lequel ou laquelle d’entre nous, dans un moment en-chanté, n’a pas fredonné « Nous sommes deux sœurs jumelles » ? Qui, amoureux·se, ne s’est pas lancé·e dans la confection du « Cake damour » tel qu’entonné par Peau d’Âne/Catherine Deneuve ? Qui n’a pas, un jour de mélancolie, laissé tourner « les Moulins de [s]on cœur » ? On pourrait citer dix ou vingt autres exemples où les chansons et les thèmes composés par Michel Legrand pour le cinéma — celui de Jacques Demy en tête bien sûr, à huit reprises, mais aussi tant d’autres, notamment à Hollywood — ont accompagné les moments de nos vies et nos états les plus variés, pimpants et joyeux comme dans les si queers Demoiselles de Rochefort, ou tristes et lyriques comme pour le Yentl de et avec Barbra Streisand, où la star se travestit en jeune garçon pour avoir le droit d’étudier… 

Disparu le 26 janvier dernier à 86 ans, Michel Legrand a composé plus de 200 bandes originales (pour Varda, Godard, Eastwood, Louis Malle, Joseph Losey, Lelouch et tant d’autres), reçu trois Oscars, travaillé avec les plus grands dans tous les registres, de Quincy Jones à Nathalie Dessay en passant par Nana Mouskouri… Une vie en musiques, et une œuvre multiforme, devenue culte, dont on a bien compris à quel point les films seraient amputés sans ses compositions. Le montage de LAffaire Thomas Crown se cala ainsi sur sa composition.

Et qui d’autre que lui aurait eu l’audace de suivre Jacques Demy dans cette folie que furent Les Parapluies de Cherbourg, cette tragédie musicale où tous les instants, tous les dialogues même les plus quotidiens, sont chantés ? Legrand-Demy / Demy-Legrand, on en revient toujours là, car c’est bien leur complicité artistique inouïe, unique, leur beau compagnonnage de Lola, le premier long-métrage de Demy en 1960 à Trois places pour le 26, son dernier film en 1988, qui a propulsé Legrand dans nos imaginaires LGBT.  En guise de dernier salut, on chantera à tue-tête, comme dans Les Demoiselles : « Les marins sont bien plus marrants / Que tous les forains réunis / Les marins font de mauvais maris /Mais les marins font de bons amants / Marins, amis, amants ou maris /Les marins sont toujours absents. »  

 

Michel LegrandJ’ai le regret de vous dire oui de Michel Legrand et Stéphane Lerouge (ed. Fayard)

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