Cinquième volet d’une série à travers laquelle, de mois en mois, Hétéroclite se penche sur le siècle passé… 

Placard 
Personne n’est homosexuel en 1959 aux États-Unis (et dans la plupart des autres pays), surtout pas les personnalités publiques. Les placards sont remplis d’acteurs, d’artistes, de musiciens… qui dissimulent leur intimité afin de protéger leur carrière : le code Hays interdisant les « perversions sexuelles » est toujours en vigueur, et l’homosexualité toujours un crime. Le mensonge est donc de mise. Les doubles vies. Les fiancées pour la façade. Cette année-là, tandis que Rock Hudson, ce parangon de virilité ayant dû se marier en urgence pour faire taire les rumeurs, tourne Confidences sur l’oreiller, délicieuse comédie où, pour séduire Doris Day, il instille malicieusement le doute sur ses préférences sexuelles, une autre star préfère le déni, en dépit de toute vraisemblance. Flamboyante idole des mamies américaines, roi du kitsch et du clinquant, le pianiste Liberace attaque en effet en justice un journal britannique ayant sous-entendu qu’il était homosexuel en évoquant la « fine couverture de son amour pour sa mère ». Interrogé par son avocat lors du procès, qui lui demande s’il est gay, Liberace, se drapant dans une feinte indignation, répond : « Mes sentiments sont les mêmes que ceux de n’importe qui. Je suis contre la pratique de l’homosexualité parce qu’elle offense les conventions et offense la société. » Aussi incroyable que cela paraisse, tout le monde le croit, et le journal est condamné. Liberace continuera sa folle carrière jusqu’à sa mort du sida en 1985, niant jusqu’au bout son homosexualité et dissimulant sa maladie. Si son cas prête à sourire, tant on a du mal à croire à l’aveuglement de ses fans, Liberace est loin d’avoir été un cas isolé. 

Presse
Cinquante ans après Akademos, la première et éphémère revue à destination des homosexuels français, une nouvelle publication voit le jour : Juventus. Entre-temps, d’autres ont existé (Inversions, Futur) et Arcadie, publiée par la grande association « homophile » du même nom, est éditée depuis 1954. Une année et neuf numéros durant, les articles de Juventus (écrits sous pseudonyme) parlent de corps, de santé, de littérature, des recherches scientifiques sur l’homosexualité… tout en proposant à ses lecteurs des photos de garçons. Accusée d’outrage aux bonnes mœurs, le titre disparaît sans guère laisser de traces. 

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