Dans son ouvrage Le Capitalisme patriarcal, Silvia Federici s’intéresse aux mécanismes capitalistes de création de la femme au foyer. 

On se souvient de Silvia Federici, universitaire étasunienne et militante féministe radicale, pour son ouvrage Caliban et la Sorcière, un long essai consacré au rôle qu’ont joué les chasses aux sorcières et l’esclavage dans la naissance du capitalisme moderne. Elle revient aujourd’hui avec Le capitalisme patriarcal, dont la traduction est publiée aux éditions de La fabrique.  

Par une relecture féministe des textes de Marx, et par une attention particulière portée à la période des révolutions industrielles aux États-Unis et au Royaume-Uni, l’autrice met en lumière l’inextricabilité des liens entre le capitalisme tel qu’il se développe à l’ère industrielle et le patriarcat.  

Durant les premières décennies du XIXe siècle, le prolétariat des pays anglo-saxons est également féminin, les ouvrières travaillant notamment dans les industries textiles. Les choses changent dans la seconde moitié du siècle, alors que syndicats et réformateurs œuvrent pour que les ouvrières quittent le travail rémunéré de l’usine, au profit du travail non-rémunéré du foyer.  

Bon et mauvais ménage 
Les revendications syndicales de l’époque, et les concessions que les capitalistes se verront dans l’obligation de faire face à un taux de mortalité ouvrier trop important pour assurer une main d’œuvre suffisante, s’articuleront autour d’une redistribution genrée des rôles. Pour les ouvriers, un salaire suffisant pour qu’ils puissent, à eux seuls, entretenir leur famille, devient gage de respectabilité masculine. Pour les capitalistes refusant d’améliorer réellement les conditions de travail, la ménagère prolétarienne se transforme en responsable de la bonne tenue des finances familiales : et si elle ne parvient pas à faire des miracles avec le peu qui lui est donné, c’est désormais faute à son manque d’habileté domestique, et non pas à l’exploitation des travailleurs.   

Silvia Federici nous invite à une compréhension matérialiste et politique des représentations de genre toujours à l’œuvre aujourd’hui : pourquoi le travail domestique n’est-il pas un travail rémunéré ? Quel rôle politique et disciplinaire ont joué les discours de naturalisation du genre ? Pourquoi, afin de convaincre les anciennes ouvrières de travailler gratuitement au foyer, alors qu’elles y perdaient toute indépendance matérielle vis-à-vis de leur mari, les autorités ont dégradé symboliquement et matériellement les conditions dans lesquelles les travailleuses du sexe exerçaient leur métier ? Comment, enfin, s’est construit le mythe de l’épouse modèle, « ange du foyer » ?  

Le Capitalisme patriarcal, de Silvia Federici, trad. Étienne Dobenesque (La fabrique)

Rencontre avec Silvia Federici le 17 mai à 19h à l’amphi Fugier, Université Lyon 2 – Campus des Berges du Rhône

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