Du cinéma slovène, on ne sait rien, et de la situation des LGBT en Slovénie, pas grand-chose. Conséquences, le très réussi premier long métrage de Darko Stante, nous renseigne avec force sur l’un et l’autre.

Sur le premier point, difficile de ne pas faire le constat de l’audace de la production de ce petit pays des Balkans, où on peut faire et distribuer un film comme celui-ci, pas du tout de façon marginale tant il semble clair que Conséquences n’est en rien une œuvre confidentielle, clandestine ou underground. Pour le deuxième point, force est d’être moins optimiste. Car ce que nous dit Conséquences à travers son portrait de jeunes hommes entre eux, c’est que l’homosexualité est loin d’y être « normalisée », et encore moins « banalisée », que ce soit dans le regard des autres que chez les gays eux-mêmes. On pourrait dire, en clin d’œil à notre propre histoire, qu’elle y est toujours « un douloureux problème »… En effet, alors que la loi slovène est bien plus progressiste que celle de beaucoup d’autres pays de la région, c’est une tout autre réalité que décrit Darko Stante dans son film.

Sortir du cadre

Car au cœur de Conséquences, il y a cela : comment être gay, s’accepter comme gay, dans ce pays, mais aussi dans une famille slovène, deux cadres (le pays et la famille) symbolisés ici par le lieu où se déroule l’action : un centre de redressement pour jeunes délinquants. Autant dire que le symbole n’est pas neutre sur ce qu’il révèle de la société slovène, et que sortir de ce(s) cadre(s) est un sacré enjeu pour les personnages.

C’est dans cet établissement qu’est envoyé Andrzej, jeune et joli mauvais garçon relégué là par des parents qui ne savent plus quoi faire de lui. Il y rencontre Zelko, charismatique chef de bande à la violence toujours prête à surgir. Il fascine Andrzej, qui parvient à devenir membre du groupe qui gravite autour de lui. Manipulateur à l’extrême, Zelko utilise le désir qu’il provoque chez son nouvel ami pour entraîner celui-ci dans ses trafics et coups de poing, mais aussi pour satisfaire son propre désir informulable. Cette relation très sexuelle mais inavouable qui s’instaure entre eux aura, pour chacun, des conséquences. Déni, homophobie intériorisée, rejets familiaux, hostilité sociale, mise au ban du groupe, agressions et chantage via la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéo : Conséquences n’évacue rien de ce à quoi doivent se confronter ces deux garçons, ces deux blocs humains durs et denses dont l’un finit par accepter de se fêler, parce que c’est dans cette fêlure qu’il parviendra à devenir lui-même.

Conséquences de Darko Stante, avec Timon Sturbej, Matej Zemljic. En salles le 26 juin.

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