Du 11 au 15 juin, Maison Mère, la dernière création de Phia Ménard se déploiera sur la scène des Subsistances dans le cadre du festival Livraisons d’été. L’artiste mène une réflexion sur l’Europe tandis que son Parlement se droitise à l’extrême.

Depuis le temps que l’on suit son travail, on connait l’engagement politique que Phia Ménard insuffle dans chacune de ses créations. C’est donc avec déception que l’on avait retrouvé son nom dans la liste des signataires du texte Pour Eschyle, réunissant de nombreuses personnalités du spectacle vivant qui ne semblaient pas comprendre la dimension raciste de la blackface du chœur des Suppliantes jouée en mars dernier à la Sorbonne (cf. Hétéroclite #143) et qui ont analysé les perturbations des représentations comme des entraves à la liberté de création.

Dans sa dernière pièce, Maison Mère, première partie d’une trilogie intitulée Contes immorauxl’artiste associée à l’Espace Malraux de Chambéry propose toutefois une réflexion sur l’Europe, qui apparait salutaire après les résultats des dernières élections européennes. Alors que la France, l’Italie et la Hongrie ont placé des partis nationalistes en tête des suffrages et que le Royaume-Uni va envoyer 24 député·es pro-Brexit siéger au Parlement européen, Phia Ménard tente de rendre compte sur scène du chaos qui secoue l’unité du Vieux continent. Seule sur le plateau dans une tenue qui n’est pas sans rappeler l’univers apocalyptique de Mad Max, la metteuse en scène et plasticienne bâtit une structure de carton qui prend peu à peu l’aspect du Parthénon d’Athènes.

Entre la civilisation grecque antique, berceau du mythe européen, et la Grèce d’aujourd’hui, victime d’un capitalisme déshumanisé, ce temple qui émerge symbolise à lui seul l’aube et le crépuscule d’un vivre ensemble en perpétuelle construction. C’est là qu’entre en jeu l’attrait de Phia Ménard pour les éléments naturels et la façon dont ils échappent à notre contrôle. Soumis aux intempéries, qui prennent la forme d’une pluie diluvienne sur le plateau, le temple de carton, aussi imposant soit-il, finit par ployer et se disloquer. Ne reste plus alors que des abris de fortune, ceux-là même que l’Europe impose aux réfugié·es auxquel·les elle n’offre plus désormais aucun refuge. Triste constat, sans doute, mais d’une acuité imparable.  

Maison Mère, du 11 au 15 juin dans le cadre du festival Livraisons d’été aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / 04. 78.39.10.02 www.les-subs.com 

 

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