Plus de 6 ans que je la vois dans la queue des soirées elle. Et depuis quelques mois, elle semble avoir poussé. Comme ses cheveux. Elle grandit, elle détache, elle ondule. Elle était la fille à.

Sympa, mignonne, mais toujours flanquée derrière un copain, lui aussi sympa, mignon. Mais lui, jamais derrière. C’était la fille à qui tout le monde osait parler parce qu’on se doutait bien que les bras seraient ouverts. Jamais devant, toujours derrière. Elle était là, vers le bar, dans la queue, fidèle d’un Narcisse qui se souciait plus de sa dernière chemise imprimée bananes que d’elle. Mais depuis quelques mois, elle n’est plus cela. Elle n’est plus la fille à qui que ce soit et elle pourrait se pointer en polaire, elle aurait quand même la classe. Elle galoche les meufs, elle se dandine les yeux fermés, le torse dénudé. Juste le bonheur de danser. Elle semble avoir trouvé un truc. Elle a renoncé à la supposée vertu de la pudeur. Elle se découvre dans l’audace d’être là, une nouvelle conjugaison de la solitude. Elle n’est plus la fille à, elle n’est pas gouine, elle semble s’en foutre. Des fois, dans la queue, elle tourne les yeux en pompant sur sa cigarette électronique. Elle semble oublier qu’elle est au milieu des autres. Et dieu qu’elle est belle. 

 

Illustration : Isabelle Valera

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