L’impossibilité de l’amour soumis au jugement moral de la société va largement occuper les scènes de la Métropole lyonnaise avec un véritable revival durassien durant la saison 2019-2020. 

De la fin des années 1990 au début des années 2000, il n’était pas rare de trouver systématiquement une mise en scène d’un texte de Marguerite Duras dans la programmation des théâtres lyonnais. Puis peu à peu, par effet de mode sans doute, ces textes-là ont quitté les planches. Or, voici que la saison 2019-2020 offre pas moins de quatre pièces ou adaptations de textes de Duras dans la Métropole de Lyon, dont deux rien qu’en novembre, sans même que l’on soit dans une quelconque année de commémoration de la lauréate du prix Goncourt 1984. À l’instar de vieilles interviews filmées de l’écrivaine qui ressurgissent sur les réseaux sociaux et auxquelles on prête des vertus prophétiques, il semblerait que les metteuses et metteurs en scène trouvent aujourd’hui chez Duras à nouveau un écho pour dire l’inadéquation du sentiment amoureux avec les impératifs de la société. Et c’est Fanny Ardant qui ouvre le bal en prêtant sa voix magnétique à l’héroïne d’Hiroshima mon amour, sous la direction de Bertrand Marcos. Adaptée du scénario écrit par Duras pour Alain Resnais, la pièce suit une actrice française sur les ruines des bombardements atomiques où cette dernière vit une passion amoureuse avec un Japonais et évoque une autre passion qu’elle a vécue à Nevers sous l’Occupation avec un soldat allemand, avant d’être tondue à la Libération. Dans les deux cas, l’amour semble naître dans des lieux ou des conditions dans lesquels il ne devrait pas trouver son chemin, et les protagonistes doivent composer avec la réprobation qui les entoure, les assaille et les humilie.  

L’amour à mort 
C’est ensuite Aurélie Van Den Daele (qui avait proposé une mise en scène d’Angels in America de Tony Kushner en 2016) qui s’empare du roman La Pluie d’été paru en 1990 et mettant en scène un jeune enfant surdoué, Ernesto, et sa famille qui vivent dans un préfabriqué à Vitry-sur-Seine. Ernesto est en butte avec la société dans son rapport à l’école, et toute la famille, économiquement et socialement marginalisée, n’est pas sans rappeler celle de Duras, maintes fois dépeinte, dans le Barrage contre le Pacifique et L’Amant notamment. On y retrouve cette union des membres, atypique vue de l’extérieur, mais qui prévaut sur l’ensemble des rapports sociaux entretenu par la famille avec le monde qui l’entoure. Afin de se familiariser avec la langue durassienne, les représentations seront précédées d’un stage avec la metteuse en scène autour d’une sélection de textes de Duras, le weekend du 16 novembre. Enfin, les aficinado·as de l’autrice du Ravissement de Lol V. Stein attendront avec impatience la mise en scène d’Agatha en février au TNP et de la Musica deuxième en mars-avril à la Renaissance. 

Hiroshima mon amour, le 9 novembre au Radiant-Bellevue, 1 rue Jean Moulin-Caluire / 04.72.10.22.19 www.radiant-bellevue.fr 

Pluie d’été, du 21 au 30 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse, place Joannès Ambre-Lyon 4 / 04.72.07.49.49 www.croix-rousse.com 

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