Kévin Lambert, jeune auteur québécois, fait paraître son deuxième roman, Querelle, aux éditions Le Nouvel Attila. Une œuvre qu’il présente comme une « fiction syndicale » et qui emprunte son titre à l’imaginaire de Jean Genet 

Le roman a pour fil conducteur la grève des ouvriers et des ouvrières de la scierie du lac Saint-Jean, dans la ville de Roberval au Québec. Parmi les différents protagonistes, grévistes, patrons, ou agents extérieurs, le regard de l’auteur se porte particulièrement sur Querelle, ouvrier fraîchement débarqué à la scierie.  

Evadé du roman de Jean Genet Querelle de Brest, ce personnage nous est présenté comme l’incarnation d’un fantasme. Fantasme de ses jeunes amants qui l’idolâtrent, de leurs pères inquiets, et complexés par la masculinité archétypale et exacerbée de l’ouvrier, et de l’ensemble de Roberval, enfin, qui se nourrit des rumeurs à son sujet et en fait une sorte de monstre ravisseur et corrupteur.  

Cadencé par les rencontres sexuelles de Querelle et par l’avancée de la grève, le roman exhibe les dynamiques de pouvoir, et leurs effets sur le quotidien de tous et de toutes. Le mouvement syndical y est présenté comme le bras de fer entre un patron désireux de soumettre travailleurs et travailleuses à son désir, et la résistance que lui opposent ces dernières et derniers 

Pouvoirs et résistances 
L’écriture se pose au niveau où cette dynamique de pouvoir est la plus pressante : dans le quotidien de Jézabel qui ne peut pas trouver de travail puisque son patron s’attache à ruiner sa réputation, dans l’impunité avec laquelle il peut mener une guerre à ses employé·es, ne renonçant à aucun coup bas, mais toujours soutenu par les institutions en place, tandis que le moindre écart de conduite de la part des ouvriers et des ouvrières les conduit directement en garde à vue. 

Faisant sauter les barrières qui séparent artificiellement la sexualité, la politique, et les rapports sociaux, l’auteur met en lumière les relations de pouvoir, leurs asymétries, et la manière dont elles informent les quotidiens de celles et ceux qui les subissent, et de celles et ceux qui en jouissent.  

« Je ne demande pas pardon aux poètes que j’ai pillés. » La posture de l’auteur donne le ton de l’œuvre : irrévérencieuse et sulfureuse. A l’instar des textes pillés de Genet, le roman met à mal certaines habitudes de pensées, ébranlant les repères moraux et les représentations traditionnelles.  

En tant que lectrice et lecteur, on est tour à tour dérangé·e, excité·e, mal à l’aise, enthousiasmé·e, séduit·eet le plus souvent tout à la fois par l’ambitieux pari de Kévin Lambert.  

Querelle de Kévin Lambert (Le Nouvel Attila). En librairies. 

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