Constater, début novembre, qu’un post Facebook de nos consœurs et confrères de Têtu au titre accrocheur récoltait plus de 500 réactions et suscitait 104 partages alors même qu’il renvoyait, en raison d’un bug informatique, vers un article vide nous pousse parfois à nous interroger sur l’utilité de notre travail.

Cette interrogation se fait d’autant plus pressante que nous publions aujourd’hui notre 150e numéro, soit l’aboutissement de 13 ans et 8 mois d’efforts. On vous épargnera ici les fastidieux remerciements à Dorotée Aznar, à Renan Benyamina et à Marc Renau à l’origine du projet, à Romain Vallet, rédacteur en chef pendant 8 ans, aux graphistes, aux équipes web, aux hordes de contributrices et contributeurs, aux commerciaux et aux stagiaires sans qui les pages seraient restées irrémédiablement vierges. 

La confection d’un magazine culturel LGBT est faite de choix insolubles, de doutes abyssaux, de découvertes enchanteresses et de sombres renoncements qui se soldent inévitablement par une plongée en eaux troubles au moment de l’envoi à l’imprimeur. On peut être plus ou moins satisfaits de l’objet produit, d’avoir défendu tel·le artiste, d’avoir donné la parole à tel·le militant·e, de s’être fait l’écho de tel événement, la réception de notre travail reste toujours aussi insaisissable que l’écume. On a bien sûr, de-ci de-là quelques compliments, quelques encouragements et bien plus souvent quelques critiques et quelques reproches. Mais on n’est jamais vraiment certain d’être plus qu’un titre accrocheur sur un article vide. 

C’est dans cette brume à la fois angoissante et électrisante qu’il nous incombe d’avancer, de remettre inlassablement l’ouvrage sur le métier aussitôt le numéro précédent terminé. Une lumière nous guide néanmoins : donner à entendre les voix des communautés LGBT et féministes, rendre compte des combats et des achèvements, des créations et des manifestations, des tâtonnements et des victoires de celles et ceux qui luttent au quotidien pour écrire notre histoire. L’histoire d’individualités certes multiples et parfois antagonistes, mais qui ont toutes fait, d’une manière ou d’une autre, l’expérience de la marge. Croyez-le, un triple jubilé peut bien encore s’écouler sans que ne soit mis à mal notre ardeur à nous faire porte-voix. 

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