On pourrait résumer Lola vers la mer comme le voyage d’un père et de sa fille trans de Bruxelles à la mer du Nord. Mais c’est bien entendu le road-movie intérieur de ces deux personnages, leur trajet l’un vers l’autre, qui intéresse d’abord et surtout Laurent Micheli, le réalisateur de ce film subtil, qui adopte les atours du mélo, ce genre si puissant et si queer, pour tenir un discours très engagé sur la transidentité, et le regard porté sur les personnes trans.

Ce rapport père-fille avec la transidenté pour cœur en rappelle forcément un autre, venu de Belgique lui aussi : celui qu’on trouvait dans Girl, le film de Lukas Dhont couronné l’an dernier d’une Queer Palm. On ne manquera pas d’établir le parallèle entre ces deux œuvres pourtant très différentes dans leurs projets, leurs propos et leurs approches de leur sujet, la moindre de ces divergences n’étant pas le choix très volontaire de Laurent Micheli de confier le rôle de sa Lola à Mya Bollaers, actrice trans débutante, là où Dhont avait opté pour un jeune comédien cis, Victor Polster, pour jouer Lara.

Si l’on s’en tient à une pure démarche cinéphile, les performances des deux comédien·nes sont aussi fortes et inspirées l’une que l’autre, et l’on voit bien que ce n’est pas sur ce terrain-là que les choses se jouent ou peuvent se départager, que la question est politique : celle de la visibilité et de la reconnaissance d’actrices et d’acteurs trans qui ont tant de mal à obtenir des rôles. Car même si, très lentement, les choses évoluent — notamment grâce aux séries , la réalité est bien toujours celle-là : en dehors de Pascale Ourbih en 2001 (Thelma) et de Stéphanie Michelini en 2004 (Wild Side), on serait bien en peine de citer des rôles principaux donnés à des acteurs·rices trans dans le cinéma francophone. La sélection de Mya Bollaers parmi les espoirs prétendant aux Césars dans quelques mois est ainsi une première qu’il convient de saluer pour une comédienne trans.

Il ne saurait toutefois être question de réduire Lola vers la mer à cela, aussi important que cela soit, tant le film recèle de qualités d’écriture et de mise en scène. Le film chemine ainsi d’étape en étape, de rencontre en détours, de la colère à l’apaisement, de la tristesse liée au deuil (la mort de la mère de Lola) au bonheur des retrouvailles, du rejet (son père refuse longtemps de l’appeler autrement que Lionel) vers la solidarité. Lola et son père (excellent Benoît Magimel) apprennent à se connaître, ou plutôt à se reconnaître, et c’est aussi simple que beau. Autant dire que, pour un film sur la transidentité, c’est d’autant plus précieux que c’est rare.

Lola vers la mer, de Laurent Micheli, avec Mya Bollaers, Benoît Magimel, Sami Outalbali… En salles le 11 décembre.

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