Depuis la sortie de l’album Commotion en mai dernier, on a pisté Tracy de Sá sur les scènes de la région, de Woodstower au Jack Jack de Bron. Et on a voulu en  savoir un peu plus sur cette rappeuse qui vit désormais à Lyon et que l’on présente comme cosmopolite et féministe

Vous êtes née à Goa, vous avez vécu votre enfance et votre adolescence au Portugal et en Espagne et à présent vous vivez en France, comment ses voyages vous ont musicalement influencée ? 
Tracy de Sá : Petite en Espagne, j’écoutais du flamenco et de la pop espagnole. J’ai écouté beaucoup de reggaeton aussi. Puis du rap américain des années 1990 : Biggy, Lauren Hill, Salt’n’Pepper, Lupe Fiasco, Eminem. Mais c’est la musique de Missy Elliott, dansante, colorée, qui ressemblait le plus à ce que je voulais faire. J’ai quitté l’Inde à trois ans, donc la musique indienne, c’est plus une démarche personnelle, de quête d’identité. Pour le remix de Rickshaw, je suis allée chercher des rappeur·euses indien·nes que je suivais : Shez, Dee Mc et Parry G. J’assume ce mélange des cultures : la chanson Por Aquí est trilingue parce que c’est ma façon de penser, de passer d’une langue à l’autre quand je cherche mes mots. 

On peut lire dans la presse que vous avez suivie une formation féministe. De quoi s’agit-il ? 
Ma première référence féministe, c’est mon frère. Ma mère a fui l’Inde parce qu’elle ne pouvait pas divorcer de mon père, mais elle a tenté de m’éduquer à l’indienne. C’est mon frère qui lui disait : « Laisse-la sortir » ou « Laisse-la porter cette mini-jupe, ce n’est pas ça le problème, c’est le regard des hommes qu’il faut changer ». Mais en effet, de 2014 à 2016, j’ai suivi un Master EGALES à Lyon 2 et j’ai travaillé pour les TCL sur la sécurité des femmes mineures dans les transports publics.

Comment cette formation a influencé votre travail d’artiste ? 
Cela m’a fourni les outils théoriques pour me positionner en tant que féministe intersectionnelle, parce que je suis une femme, émigrée et racisée. Je n’ai jamais pensé devenir rappeuse quand j’étais plus jeune : les femmes comme moi étaient femmes de ménage, femmes au foyer ou profs, mais elles n’étaient pas dans le milieu artistique. D’ailleurs, je me souviens de la première fois que j’ai vu MIA à la télé, j’ai bloqué parce que je me demandais pourquoi il y avait une meuf qui me ressemblait. J’ai manqué de références mais c’est moins le cas aujourd’hui. 

Dans le morceau Why You Look So Good, vous adoptez un point de vue considéré comme masculin pour parler de désir sexuel. Est-ce une volonté de renverser les codes du genre ? 
On me demande souvent si je pense que c’est bien que les femmes copient les hommes. Je réponds non, c’est bien que les femmes aient la liberté de dire les choses comme elles le veulent, sans s’adapter à ce que l’on attend d’elles. On ne copie pas les hommes, on prend notre vie en main. On a le droit de dire des gros mots, de parler agressivement, le droit de dire qu’on aime le sexe et le plaisir. Quand on kiffe un gars, on peut parler de son corps et de son visage comme le font les hommes. Ce qui n’est pas normal c’est d’avoir grandi sans une musique qui parle de ce que l’on ressent, de la recherche de notre sexualité et de notre plaisir.

Tracy de Sá, le 21 décembre au Transbordeur, 3 boulevard de Stalingrad-Villeurbanne / www.transbordeur.fr 

À gagner 5×2 places en envoyant nom+prénom à redaction@heteroclite.org (Objet : Tracy de Sá )

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