Ni tout à fait tissu, ni tout à fait vêtement, le drapé fascine par ses plis, ses ombres et sa texture. Malgré le fait que les mots « drapé » et « draperie » entrent dans le vocabulaire des arts seulement au XVIIe siècle, la peinture et la sculpture en ont toujours été remplies. Tenture ou habillement, statique ou en mouvement, il se retrouve partout.

L’exposition Drapé du Musée des Beaux-Arts de Lyon ne suit pas un parcours chronologique, et c’est pour cela que les dix-sept photographies d’Orlan (1975) côtoient avec élégance les statues en bronze de Rodin (1886) et résonnent avec le fragment d’un tableau religieux de Fabre (1790-2). Les époques se mélangent, les médiums s’entremêlent entre la photo, les dessins, la sculpture et la danse. Car le choix de la directrice Sylvie Ramond et du co-commissaire Eric Pagliano, s’est porté sur un parcours où se déroulent les processus de création des formes drapées. Conception, préparation, dessin d’après modèle nu ou mannequin, on se retrouve à suivre les questionnements complexes qui entourent ce qui peut paraître comme un simple accessoire.

Des pratiques d’ateliers, au jet sur nu, à son anatomie, on suit l’humanisation du drapé afin de découvrir une complexité à première vue dissimulée. Ainsi, les peintures esquissées de Picasso pour ses Trois femmes à la fontaine ou les dessins préparatoires de Moreau pour sa Salomé dansant devant Hérode, nous permettent de comprendre comment le drapé prend corps et la manière dont il habille pour mieux dévoiler.

Sous le drapé, les corps
Car s’il y a bien une chose que l’on remarque face à tou·te·s ces artistes qui se font écho au travers des époques, c’est que le drapé est tout sauf inerte. Le corps, parfois inexistant, souvent affadi, devient repoussoir à ces tissus plissés. L’immense photographie de Fransceca Woodman proche d’une petite terre cuite du Bernin – maître incontesté de ces drapés qui nous saisissent – met en exergue ce décalage temporel et de techniques. Ainsi, les artistes sont nombreu·ses et les rapprochements peuvent étonner. Au travers de Man Ray, Puvis de Chavannes, David ou encore Pignon-Ernest, cette exposition d’envergure montre cette séduction à travers les époques. Tunique antique, vêtement religieux, voile ou sac de couchage ; l’esthétisme des plis séduit par sa force technique, mais surtout pour son sous-entendu érotique. 

Drapé, jusqu’au 8 mars 2020 au Musée des Beaux-Arts de Lyon, 20 place des Terreaux-Lyon 1 / 04.72.10.17.40 www.mba-lyon.fr

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.