Thomas Ostermeier s’attache à révéler les angles morts de notre société en portant sur scène l’autobiographie de Didier Eribon, Retour à Reims.

Prenant comme prétexte l’enregistrement pour la radio d’un documentaire sur l’ouvrage autobiographique de Didier Eribon, Retour à Reims, qui a notamment eu une grande influence sur la production littéraire de l’écrivain Edouard Louis, la comédienne Irène Jacob et les comédiens Cédric Eeckhout et Blade Mc Alimbaye, sous la direction de Thomas Ostermeier, donnent voix et vie aux mots de l’universitaire français. Dans cet ouvrage publié en 2009, Didier Eribon s’interroge sur son statut de transfuge de classe et tente de décrypter les mécanismes de honte qui y sont associés. Pourquoi a-t-il été plus facile pour lui d’assumer son homosexualité que ses origines prolétaires lorsqu’il a intégré le milieu universitaire ? Pourquoi le monde ouvrier a-t-il perdu foi dans les promesses égalitaires du communisme pour confier massivement ses voix à l’extrême-droite et à son programme de division des travailleuses et travailleurs ? Le cadre feutré du studio d’enregistrement dans lequel évoluent les trois personnages fait alors écho à celui de la salle de théâtre où est réuni le public, coupé des vicissitudes du monde. Les mots du sociologue sur la lutte des classes et la nécessité d’embrasser l’intersectionnalité des combats trouvent leur chemin et les allusions au statut bourgeois du public et de la représentation théâtrale ne manquent pas de venir titiller un auditoire sommé de s’interroger sur sa position. Cependant, malgré une interprétation assez fine de l’actrice et des acteurs, la mise en scène tombe régulièrement dans un didactisme qui tend à desservir le propos. Ostermeier, s’il parvient à éclairer la pensée d’Eribon et à la faire entendre, bute sur la mise en abyme du texte avec le contexte politique actuel. Les propos racistes dont a été victime Blade Mc Alimbaye de la part d’un spectateur marseillais lors d’une représentation fin novembre, au moment où il évoquait le souvenir de son grand-père tirailleur sénégalais, prouve néanmoins que tisser le lien entre la salle de spectacle et l’extérieur est plus que jamais nécessaire.

Retour à Reims, du 16 au 26 janvier au Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin-Lyon 2 / 04 72 77 40 00 www.theatredescelestins.com

Conversation avec Didier Eribon animée par Nadja Pobel du Petit Bulletin Lyon, le 17 janvier à 18h au Théâtre des Célestins, 4 rue Charles Dullin-Lyon 2 / 04 72 77 40 00 www.theatredescelestins.com

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