Dans Deux, Filippo Meneghetti offre à ses comédiennes les rôles de deux lesbiennes âgées et amoureuses, une combinaison plus que rare au cinéma, et délivre sans en avoir l’air un grand film.

D’abord sans doute faut-il souligner le plaisir immense qu’il y a à retrouver dans Deux une des plus formidables comédiennes européennes, une actrice aussi rare que précieuse, révélée par Fassbinder dans son Lola, une femme allemande : Barbara Sukowa. 

Près de quatre décennies plus tard, elle est ici Nina, une femme amoureuse, ô combien, et elle y fait montre d’une puissance de jeu assez inouïe. Le grand amour de Nina, c’est Mado (Martine Chevallier), rencontrée en Italie il y a une éternité, et Mado aime Nina aussi fort. Rien ne les sépare, rien, sauf un secret et un palier. Le secret, c’est cette liaison que Mado n’a jamais avouée à ses enfants, et le palier, c’est la courte distance qui sépare leurs deux appartements : aux yeux du monde, elles ne sont que des voisines, au mieux des amies. Le projet d’avenir de ces deux sexagénaires ? Quitter leur petite ville du sud de la France pour s’installer ensemble à Rome, anonymes et enfin au grand jour. Mais une nouvelle lâcheté de Mado suivie d’une colère de Nina va provoquer un drame.

Vieilles héroïnes amoureuses
L’une des beautés du premier long métrage de Filippo Meneghetti, jeune cinéaste italien installé en France, c’est son aisance à glisser sans à-coups d’un registre à l’autre, de la chronique légère au drame, en passant par la comédie voire, un instant, le thriller provincial à la Chabrol. Mais ce qui domine dans la réussite de son film, c’est la sensibilité de sa peinture d’un amour fou, d’une passion sentimentale et charnelle aussi vivace qu’au premier jour, capable de surmonter tous les obstacles : et ils ne sont pas minces ceux qui se dressent entre elles, qui vont obliger Nina à ruser pour s’approcher de son amante, qui vont la pousser à la confrontation avec la famille de Mado, qui vont aussi la pousser à défier la mort annoncée de cette Mado sans laquelle elle ne s’imagine pas vivre. Et réciproquement. Dès son titre, Deux dit bien que ses deux héroïnes — à un âge où le cinéma ne présente plus guère d’héroïnes —, ses deux amoureuses — à un âge où on croit que l’amour n’existe plus, et où si peu de films le mettent en scène —, forment un tout indissociable. Elles deux contre le monde entier. Deux met en scène l’un des plus magnifiques couples de femmes qu’on ait vu à l’écran depuis longtemps, et il le fait avec une évidence et une liberté folles. Sous ses allures discrètes, Deux est un grand film.

deuxDeux de Filippo Meneghetti, avec Barbara Sukowa, Martine Chevalier, Léa Drucker. En salles le 12 février

Avant-première le 11 février à 20h45 au Cinéma le Club, 9B rue du Phalanstère-Grenoble 

 

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