K. m’a introduit·e dans une « communauté ». C’est une première pour moi. Cette communauté est un cercle de personnes unies par un lien, une intuition, un désir puissant. Cette communauté échappe au modèle familial, social et politique dominant. Les remous produits par le cercle creusent en chacun de ses membres des sillons pour y chercher des diamants. Je reste ébloui·e par le trésor entraperçu.

J’aimerais vous décrire précisément la scène, mais pour cela il faudrait engager le corps. Car il s’agit de corps, de mouvements, de rythmes, de rites et d’élans.

Il s’agit de danse.

Il s’agit d’un ciel. Le ciel est au dessus du cercle. Silence. La musique arrive au petit galop, tagadagtagadag et on l’attrape à l’encolure, on l’attrape à la crinière, on lui monte sur le dos, on est plusieurs, il y a de la place, on fait de la place, très important : on laisse toujours de l’espace pour cellui qui arrive après, on tend la main, on crie comme des cowgirls, on a les cuisses musclées, on sent la peau chaude de l’animal, le crin, la sueur, on y puise notre force, nous ne faisons qu’un avec l’animal. Nous sommes un et une au milieu du cercle. Nous sommes deux. Nous sommes une guerrière blonde qui s’appelle Ida et un mage noir nommé Boubou (leurs noms sont affichés sur l’écran derrière). Nos yeux sont rivés sur Ida et Boubou. C’est le battle final. Le cœur bat fort. Nos globes oculaires ne sont que les conduits de l’énergie propulsée. Des passages. Nous sommes des passages, nous transmettons. Énergie. Énergie. Musique dans oreilles. Tympans qui vibrent. Énergie cinétique. Conduits. Ça sort. Nos yeux comme des rayons lasers. Toute la lumière converge vers le point central, le coude, paf, le coude bouge, il a compris, il sent, il va guider, le coude leader, c’est parti, tout le reste suit, l’épaule, la nuque, la boite crânienne, devant derrière, impressionnante, bras déployés, les bras, les palmes, souveraines, tournent, entrainent, font décoller, poitrine, hanche gauche, hanche droite, fesses, vivantes, genoux pliés, dos qui se cambre, fesses vivantes, cul offert au ciel, pause, regard, regard parfait, respiration, Ida, Boubou, nous, silence, fin, point final.

Le cercle exulte et la seule phrase qui me vient est la suivante : il pleut des diamants.

Kitsch, hein ? Et pourtant, comme l’ont démontré des astrophysiciens, sur les planètes géantes telles que Neptune ou Uranus, c’est un phénomène qui existe. Je me tourne vers K. et lui glisse à l’oreille : l’espèce humaine qui danse en cercle défie la science.  

Polaire, reporter humanoïde

Mars 2020

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