Engagée pour les droits LGBT et les droits des femmes depuis les années 1950, Phyllis Lyon a été une des militantes lesbiennes les plus influentes des États-Unis. Elle est morte le 9 avril à l’âge de 95 ans.

Phyllis Lyon

En 1955, lorsqu’elle fait partie, avec sa compagne Del Martin, des fondatrices de Daughters of Bilitis, la première grande association lesbienne américaine, Phyllis Lyon est une pionnière. Plus d’un demi-siècle plus tard, lorsqu’elle épouse enfin Del Martin, les deux femmes sont à nouveau des pionnières d’un droit tout juste institué en Californie. Phyllis Lyon est morte le 9 avril à 95 ans, et tout son parcours — indissociable de celui de Del Martin — en fait une héroïne des droits LGBT. « Nous avons perdu une géante aujourd’hui » a ainsi déclaré Scott Wiener, sénateur ouvertement gay de San Francisco à l’annonce de sa disparition. Et c’est vrai que Phyllis Lyon et Del Martin, qui s’étaient rencontrées en 1950 dans un journal pour lequel elles travaillaient toutes deux, ont été de tous les combats au cours de cette période, activistes lesbiennes et féministes jamais lassées. Seule la mort de Del Martin, en 2008, à l’âge de 87 ans, quelques mois après leur mariage, aura réussi à les séparer.

 

The Ladder

Née en 1924, Phyllis Lyon a débuté sa carrière comme journaliste à Seattle. C’est là qu’elle fait la connaissance de Del Martin. Les deux femmes partent s’installer dans le quartier du Castro, à San Francisco, le jour de la Saint Valentin 1953 : elles y passeront leur vie et en feront le lieu de l’essentiel de leur activité militante. C’est dans cette ville en effet qu’elle participent, avec trois autres couples de femmes, à la création des Daughters of Bilitis, la première association lesbienne américaine, d’abord de sociabilité avant d’évoluer vers la défense des droits LGBT. Lyon et Martin utilisent leurs compétences dans la presse pour doter l’association d’un bulletin, The Ladder, première publication lesbienne à avoir une diffusion nationale aux États-Unis, dans laquelle on trouve à la fois des réflexions politiques, de la poésie, des annonces…

En 1972, le couple publie un ouvrage qui sera considéré comme l’un des plus importants livres lesbiens de la période, Lesbian/Woman. « Il n’y avait vraiment aucun livre [sur les lesbiennes], se souviendra, vingt ans plus tard, Phyllis Lyon, et puis il n’y avait rien de bon sur ce sujet dans les bibliothèques à l’époque. »

Leur activisme tous azimuts les conduit aussi dans les années 1960 à tenter de convaincre les très homophobes organisations religieuses californiennes d’accepter les gays et les lesbiennes dans leurs églises. Elles rejoignent également le combat féministe en devenant dès 1966 le premier couple lesbien à adhérer à la toute nouvelle National Organization for Women. Pour Phyllis et Del, droits des femmes et droits des lesbiennes vont de pair.

 

Lobbying politique en faveur des LGBT

Toujours en avance d’un combat, elles font également de lobbying politique en participant au Alice B. Toklas LGBT Democratic Club, première association LGBT du parti démocrate à San Francisco dont le titre de gloire principal sera d’avoir incité les élus à interdire les discriminations homophobes en matière d’emploi. Conseillère municipale de San Francisco à l’époque avant de devenir maire de la ville et sénatrice, Dianne Feinstein a été au premier rang de cette bataille, bénéficiant des conseils de Phyllis Lyon. A l’annonce du décès de celle-ci dont elle était devenue l’amie, elle a écrit dans son hommage : « Si cette ordonnance est passée — la première dans une ville de cette taille aux Etats-Unis — c’est en grande partie grâce au travail acharné de Phyllis. »

La sénatrice poursuit en évoquant un autre souvenir qui renvoie à une autre des causes qui mobilisa des décennies durant Phyllis Lyon : le droit au mariage pour les gays et les lesbiennes. « Je me souviens des années 1970, écrit Dianne Feinstein, quand Phyllis et Del ont organisé une cérémonie de mariage officieuse et illégale dans ma maison de San Francisco. Ce fut une telle célébration d’amour, et ce ne furent pas leurs dernières noces. »

En effet, les deux femmes se marieront ensemble à deux autres reprises : en 2004, elles sont les premières à recevoir une licence de mariage délivrée par le maire de San Francisco, Gavin Newsom, lorsque la ville reconnaît ce droit. Et elles sont à nouveau parmi les premières à se marier en 2008, lorsque la Californie légalise le mariage LGBT. « Ce fut l’honneur de ma vie de vous marier, vous et Del, a indiqué Gavin Newsom dans sa réaction à l’annonce du décès de Phyllis. Votre courage à changé le cours de l’histoire. »

De nombreuses autres voix issues de la communauté LGBT mais aussi des personnalités politiques de premier plan comme la présidente de la Chambre des représentants américains, Nancy Pelosi, ont salué la mémoire de Phyllis Lyon, et la force de cet engagement. Jusqu’à la fin, Phyllis Lyon resta attentive aux questions LGBT. En 2017, dans un de ses derniers entretiens, elle déclarait encore : « S’il y a des choses que vous voulez changer, vous devez bouger et travailler pour cela. Vous ne pouvez pas simplement rester assis et dire : « J’aimerais que ceci ou cela soit différent. » Vous devez vous battre pour cela. »

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