L’année 2019 a été marquée par des agressions LGBTphobes répétées sur le territoire de la Métropole lyonnaise, dont les médias mainstream se sont largement fait l’écho. Dans le Rhône, les infractions relevées en raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre de la victime sont passées de 56 en 2018 à 63 en 2019. Devant cette recrudescence, le Centre LGBTI de Lyon et les associations-membres ont décidé d’alerter les pouvoirs publics. 

Plusieurs rencontres ont été organisées au cours de l’année avec la Ville de Lyon, la Métropole, le Rectorat de l’Académie de Lyon, la Préfecture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et le Procureur de la République aboutissant le 11 février dernier à la signature d’une convention visant à renforcer les actions locales contre les violences et les discriminations LGBTphobes et prévoyant la mise en œuvre d’un plan d’action de réduction de ces actes. 

Au cours de ces échanges, le Centre LGBTI de Lyon a proposé pas moins de 62 actions, dont 52 ont été retenues. Ces dernières sont regroupées en cinq thèmes : prévention et formation, sécurité, accompagnement des victimes, répression des agressions, actions contre la sérophobie. 

La part belle à la prévention
Sur les 52 actions retenues, 30 concernent la prévention. Plusieurs d’entre elles sont dédiées à un vaste plan de communication avec notamment une campagne d’affichage en partenariat avec le Sytral dans les transports en commun afin d’alerter le grand public sur la haine vis-à-vis des personnes LGBT au premier semestre 2020, suivie d’une campagne nationale au second semestre 2020 portée par la DILCRAH (Délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT). En parallèle, la plaquette d’informations élaborée par le Centre LGBTI de Lyon et SOS Homophobie sera révisée et mise à disposition dans les lieux d’accueil des victimes (hôpitaux, tribunaux, commissariats, gendarmeries, mairies, collèges et lycées…). 

Un large volet formation sera également déployé à destination des personnels de la police nationale et municipale et de la gendarmerie, des cadres de la Préfecture, des personnels de l’Éducation nationale, des écoles du Ministère de la Justice, des personnels de santé, des personnels de la Ville de Lyon, de Villeurbanne et de la Métropole afin de sensibiliser aux violences LGBTphobes et à l’accueil des victimes.

Le Centre LGBTI de Lyon, qui a déjà mis en place une ligne téléphonique d’accueil et d’écoute anonyme et gratuite au 0805 030 450 (numéro vert, tous les mercredis de 18h à 21h), va renforcer la formation des bénévoles assurant les permanences d’accueil. 

Des actions de sensibilisation sont également envisagées dans le milieu du sport, à destination des dirigeant·es, des entraîneur·euses, des arbitres, des joueur·euses mais également des supporteur·rices et des jeunes licencié·es. 

Un meilleur accompagnement des victimes
Une liste de référent·es sera établie et régulièrement mise à jour, les victimes pourront être accompagnées dans les services médicaux et lors du dépôt de plainte. En outre, les forces de l’ordre s’engagent à enquêter dès lors que la victime invoquera le caractère LGBTphobe de l’agression, ce qui constitue aujourd’hui trop souvent une réelle difficulté dans les démarches des victimes.

Une application de Flag ! contestable 
Si les initiatives autour de la prévention, de la formation ou de l’accompagnement des victimes semblent louables et plus que nécessaires, la proposition de l’association de policiers et policières LGBT Flag ! de mettre en place une application mobile permettant de signaler des actes LGBTphobes en temps réel laisse plus dubitatif. D’autant que les données ainsi récoltées devraient être utilisées afin d’établir une cartographie de zones dites « à risque » et de mettre sur pied un dispositif de vidéosurveillance et d’organisations des patrouilles de police. Cela risquerait au final de stigmatiser certains secteurs et de justifier une surveillance accrue de ces zones. Or, les violences LGBTphobes sévissent partout et à tous les niveaux de la société et répondre à la stigmatisation par la stigmatisation ne semble pas être la solution optimale.

5 Réponses à “Plus de prévention, plus de fichage ?”

  1. CAVIROT Johan

    Bonjour, pour information c’est le Centre LGBT qui a demandé des caméras et des patrouilles renforcés dans certaines zones où il y a déjà des agressions connues.
    Ces propositions ne viennent pas de FLAG!.
    De plus il ne s’agit pas de stigmatiser mais d’identifier la typologie des LGBTphobies par zone afin de permettre aux associations en partenariat avec les pouvoirs publics de définir des politiques publiques, des actions, des sensibilisations adaptées aux typologies qui peuvent varier d’une zone à une autre.
    Cordialement,
    Johan CAVIROT, Président de FLAG!

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    • Stéphane Caruana

      Merci pour ces précisions, mais ôtez-moi d’un doute : c’est bien le FLAG! qui va proposer un application numérique de surveillance en temps réel sur l’ensemble du territoire national, où chaque utilisateur ou utilisatrice est appelé·e à procéder à des signalements alimentant ainsi des bases de données qui seront utilisées afin de redéployer caméras de surveillance ou patrouilles de police, et pas le Centre LGBTI de Lyon ?

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      • Johan CAVIROT

        alors oui je vais vous enlever plusieurs doutes.
        1) il ne s’agit pas d’une application de surveillance mais de signalement des LGBTphobies sur la base du volontariat et de manière anonyme
        2) FLAG! ne décidera pas des caméras ou des patrouilles de police. Sur la base des données, les pouvoirs publics en concertation avec les associations définiront les meilleurs solutions à mettre en place localement. Les meilleurs solutions ne sont d’ailleurs pas nécessairement des caméras ou des patrouilles de police. FLAG! n’a d’ailleurs jamais évoqué ces solutions lors des réunions.
        D’ailleurs les pouvoirs publics à travers le monde n’ont pas attendu FLAG! pour mettre en place de la vidéo protection 🙂

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        • Stéphane Caruana

          La vidéosurveillance et le redéploiement des patrouilles sont pourtant bien évoquées comme résultantes des données collectées par l’application dans le plan d’action signé par les différentes parties et communiqué à la presse.

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          • Johan CAVIROT

            Comme je l’indiquais ces actions sont à la demande du Centre LGBTI+ de Lyon.
            Vous aurez remarqué que FLAG! n’apparait pas dans les actions 3 et 4 que vous indiquez même si ces actions s’appuient sur le résultat des signalements.

            Concernant l’action 3, il y aura d’abord une évaluation du dispositif de vidéo protection en place comme indiqué.

            Le Centre LGBTI+ de Lyon ainsi que SOS Homophobie Lyon connaissent parfaitement leur territoire et je ne doute pas qu’ils seront à même de réagir sur ces actions et ne pas demander de caméra ou de patrouille si cela pose des difficultés sur certains secteurs.
            A contrario ça pourrait être une solution utile et nécessaire dans certains zones ou pour certaines typologies d’agression. Il n’y a pas encore de signalement, il est donc prématuré de tirer des conclusions

            Le protocole signé est clair sur les finalités, il s’agit de tous travailler ensemble pour définir les meilleurs solutions pas de générer de force des solutions sans l’accord des associations disposant d’une expertise dans les LGBTphobies.

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