Dans son nouveau single acoustique, Volkino, Eustache McQueer évoque les femminielli, figures gender-fluid issues du folklore napolitain.

Sept mois se sont écoulés depuis la sortie de Lake Pearl, deuxième album du duo formé par Eustache McQueer (Joël Defrance) et Virilio (Laurent Dratler) et ces derniers s’apprêtent déjà à sortir le 10 juin prochain un nouvel EP acoustique, le bien nommé Unplugged, dont le premier titre, Volkino, rend hommage aux femminielli napolitains, des individus qui se jouent de la binarité des genres et dont les origines folkloriques semblent remonter à des temps immémoriaux.

C’est au pied du Vésuve, à quelques kilomètres au nord de Pompéi et d’Herculanum, sur ces terres mythiques de la culture méditerranéenne, que nous transporte Volkino d’Eustache McQueer, dans un duo voix-guitare sensible, dépouillé de tout artifice, à la rencontre d’un groupe de jeunes femminielli vivant en autogestion.

Si au coeur de l’identité des femminielli repose la notion de transgression des genres, il est difficile néanmoins de leur appliquer des termes plus génériques comme homosexuel·les ou personnes trans. Car dans une société napolitaine très hétéronormée et patriarcale, les femminielli occupent une place « entre-deux », fruit d’un long héritage folklorique.

 

Syncrétisme à la napolitiaine

Pour certain·es, les origines remontent à l’Antiquité à travers la figure bisexuée d’Hermaphrodite, fils d’Hermès et d’Aphrodite ou encore celle de Tirésias, devin aveugle dont Ovide nous dit dans les Métamorphoses qu’il prit pendant sept ans l’apparence d’une femme.

On retrouve également la présence des femminielli dans des rites syncrétiques comme la « figliata dei femminielli », parodie d’accouchement censée éloigner le mauvais oeil, cérémonie que met en scène le réalisateur Ferzan Özpetek au début de son film Napoli velata (2017).

En outre, le 2 février, lors de la « Candelora al Santuario di Montevergine » à Avellino en l’honneur de la Vierge Marie, est généralement organisée « la tombolata dei femminielli » à laquelle seules les femmes et les femminielli ont le droit de participer. Selon une tradition napolitaine, « la smorfia napoletana », à chaque numéro de la tombola correspond un personnage ou une émotion. Ainsi, le femminiello qui tire les boules numérotées est-il amené à raconter une histoire mettant en scène ces personnages et ces émotions plutôt qu’à donner directement le numéro.

Enfin, chaque lundi de Pâques, dans une sorte de prolongement carnavalesque, est organisé « le mariage des femminielli » à Torre Annuzziata.

 

Porte-bonheur et révélateurs sociaux

Si la tradition des femminielli a pu se développer à Naples c’est, selon l’anthropologue Guiseppe Mellilo, parce que les territoires du sud de l’Italie n’ont pas été soumis aux lois interdisant le travestissement lors de l’unification du pays en 1861.

Mais le statut de « porte-bonheur » des femminielli – il n’est pas rare de les prendre en photo avec un nouveau-né dans les bras afin de porter chance au nourrisson –  n’est pas exempt de stigmatisation et de discrimination. C’est notamment ce qui transparait dans le documentaire de Carmen Butta, Mariage à la napolitaine, où un groupe de trois femminielli est en charge de l’animation d’un mariage.

mariage a la napolitaine volkino

Au-delà cependant du folklore et des discriminations, la présence des femminielli au sein de ce mariage traditionnel fait éclater au grand jour le caractère performatif du genre et le carcan de la binarité. Dans cette fête populaire où hommes et femmes semblent écrasés par les injonctions de bienséance et résolument cloisonnés dans leur rôle, la liberté de ton des trois femminielli apparait comme une percée salvatrice.

 

Volkino femminielli

Volkino d’Eustache McQueer (Jarring Effects) est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de streaming.

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