Le dernier ouvrage de Martine Delvaux, Le Boys Club, s’attaque de façon radicale à un phénomène tentaculaire qui touche toutes les sphères de la société. L’entre-soi masculin serait-il la cause de tous les maux sociétaux ? 

La militante féministe québécoise et professeure de littérature, Martine Delvaux, signe un ouvrage féministe radical dans la mesure où elle s’empare de la racine d’un phénomène, de son essence. La radicalité n’a rien d’une insulte pour l’autrice : “essayer de trouver les causes profondes d’un problème, c’est ça la radicalité” confie-t-elle au Journal de Montréal. Dans Le Boys club, Martine Delvaux analyse les mécanismes d’un entre-soi masculin blanc et hétéro qui rejette la diversité, et qui tient les femmes à l’écart dans le but de se maintenir. 

Quelles sont les conséquences de ces groupements, et de l’absence des femmes ? Des plus hautes sphères du pouvoir au simple rassemblement sportif, la société est constellée d’hommes qui se retrouvent entre eux, prennent des décisions, occupent l’espace public et s’arrogent le droit d’exclure et de dominer ceux qui ne sont pas comme eux : les femmes, les personnes non-blanches ou LGBT+. Depuis les gentlemen’s club londoniens, aux fraternités universitaires américaines, en passant par la Ligue du LOL en France, Martine Delvaux démontre que ce qui se joue dans “l’être ensemble masculin” est une homosocialité qui exclut, décide et se protège. Le boys club revêt de nombreux visages : la domination, l’anonymat, le rire, ou encore le viol collectif, sa figure la plus extrême. En le nommant, Martine Delvaux souhaite vulgariser ce phénomène afin de mieux le surveiller. 

Au-delà d’un fonctionnement que l’on décèle dans les institutions (armée, état, église) et les entreprises, le boys club façonne notre quotidien par l’entremise en autre d’Internet, un outil pensé par des hommes pour des hommes, de l’architecture de l’espace public, ou bien du cinéma. Là où il y a des décisions importantes à prendre il y des hommes qui se regroupent. 

Cette analyse pourrait paraître excessive, mais lorsque l’on s’attarde sur l’identité des personnes qui détiennent le pouvoir, il s’agit bien d’une certaine catégorie d’hommes qui subsistent et perpétuent l’exclusion des femmes. 

Pour l’autrice, l’entre-soi masculin dans les hautes sphères du pouvoir menace la représentativité et de surcroît la démocratie. Après cette lecture, regardons l’organigramme de l’équipe du président français sur le site de l’Elysée, composée de 65 membres. L’on dénombre seulement 14 femmes, dont une seule dans son cabinet qui compte 12 personnes. Il est légitime de se demander si cette exclusion des femmes est délibérée. L’ouvrage de Martine Delvaux a le mérite de profaner le boys club, mais aussi de nous conforter dans nos opinions, voire de les radicaliser. 

 

 

boys club Le Boys Club de Martine Delvaux (Éditions du Remue-Ménage). En librairies. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Sarah Fouassier 

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