Une élue Rassemblement national conteste la subvention accordée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes au festival Écrans mixtes, au prétexte qu’il s’agirait d’une manifestation pornographique.

Il semblerait que les élu·es du Rassemblement national (RN) en Auvergne-Rhône-Alpes se soient fait une spécialité d’attaquer sur sa droite le pourtant très droitier président de Région, Laurent Wauquiez (Les Républicains), en instrumentalisant la culture LGBT+.

En 2016, c’est Hétéroclite qui avait été la cible de cette stratégie. Agnès Marion, alors conseillère régionale FN, s’était en effet émue que notre magazine soit distribué, aux côtés d’autres titres de la presse locale, dans le hall d’entrée de l’Hôtel de Région. Elle avait à l’époque interpelé Laurent Wauquiez sur Twitter, lui demandant de faire preuve de cohérence, alors que ce dernier n’a jamais caché son soutien à la Manif pour tous.

Lors de la dernière assemblée plenière de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, qui s’est déroulée en visioconférence les 23 et 24 février derniers, Isabelle Surply, conseillère régionale RN et conseillère municipale de Saint-Chamond, s’est offusquée que la Région ait accordé une subvention au festival de cinéma LGBT+ lyonnais Écrans mixtes, au motif qu’il s’agirait d’une manifestation à caractère pornographique. Pour étayer son propos, cette dernière s’appuie sur une photo (ci-dessous) de l’édition 2018 du festival, lorsqu’Écrans mixtes avait invité le célèbre réalisateur canadien Bruce LaBruce.

bruce labruce pig RN

Contactée par nos soins, la vice-présidente de la Région en charge de la culture, Florence Verney-Carron, a confirmé qu’une subvention de 10 000€ avait bien été allouée en décembre 2020 à Écrans mixtes pour l’édition 2021, mais n’a pas souhaité commenter les propos d’Isabelle Surply. De son côté, Olivier Leculier, président d’Écrans mixtes, ne souhaite pas prendre part à la polémique et assure que toute l’équipe du festival travaille d’arrache-pied à la prochaine édition dont une partie de la programmation à d’ores et déjà été dévoilée, malgré les incertitudes liées à l’épidémie de Covid-19.

 

Au-delà d’Écrans mixtes, la guerre des droites dures

Et en effet, l’outrance des propos de la conseillère régionale RN prête plutôt à sourire. Passons sur le caractère infamant qu’Isabelle Surply attache au terme « pornographique » : il semble vain d’essayer de convaincre cette élue de la pertinence des cultures pornographiques.  Passons également sur la méconnaissance crasse que ces propos manifestent à l’égard d’Écrans mixtes qui au fil des ans s’est imposé comme l’un des plus prestigieux festivals de cinéma LGBT+ français, grâce à une programmation pointue et exigeante, drainant un public toujours plus varié et nombreux, invitant des pointures du cinéma international comme James Ivory ou John Waters et se faisant le reflet de la multiplicité de la création cinématographique LGBT+.

Ce qui est navrant en revanche, c’est de constater l’instrumentalisation que le Rassemblement national en Auvergne-Rhône-Alpes n’hésite pas à faire des cultures LGBT+, Hétéroclite hier, Écrans mixtes aujourd’hui, pour conserver son statut de droite dure face à un président de Région qui n’a cessé de faire du pied à l’électorat du parti de Marine Le Pen. Hétéroclite en a d’ailleurs fait les frais, voyant toutes les insertions publicitaires de la Région supprimées lors du passage de Queyranne (PS) à Wauquiez. Car c’est bien lui, en définitive, la cible de cette attaque, lorsqu’Isabelle Surply dans son intervention fait mine de s’interroger : « C’est quoi ça en fait : c’est la droite demi dure, demi molle, de la com’ pure, dure ? », et c’est bien son choix de faire le jeu de l’extrême-droite qui a ouvert la voie aux invectives qui prennent aujourd’hui pour cible les structures LGBT+.

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