Avec It’s a sin, le scénariste gallois Russell T. Davies, à qui l’on doit notamment Queer as Folk, signe une mini-série sur les premiers temps du sida en Angleterre.

Si Russell T. Davies a refait parler de lui dernièrement grâce au succès de la série Years and Years, le scénariste est loin d’être un novice en matière de contenus télévisuels à caractère LGBT+. En effet, à l’orée des années 2000, il signait avec Queer as Folk une oeuvre de référence pour toute une génération, décrivant les tribulations sexuelles et amoureuses d’un groupe d’ami·es dans le gay Manchester. Le succès de la série lui valut d’ailleurs immédiatement une adaptation américaine, reprenant peu ou prou les thèmes abordés par l’originale et dont l’action était transposée à Pittsburgh.

En 2015, après quelques années prolifiques pour la télévision britannique, Davies s’est à nouveau intéressé à la communauté LGBT+ de Manchester avec Cucumber (et ses déclinaisons Banana et Tofu), mettant l’accent sur les déboires d’un gay quarantenaire, Henry, confronté à la nouvelle génération LGBT+.   

 

Une fiction historique…

Avec It’s a sin, Russell T. Davies s’inscrit dans la lignée d’oeuvres théâtrales et/ou audiovisuelles telles que The Normal Heart, pièce de Larry Kramer adaptée en téléfilm, Angels in America, pièce de Tony Kushner adaptée en mini-série ou encore 120 battements par minute, film de Robin Campillo, en s’intéressant aux premiers temps de l’épidémie de sida.

Située à Londres du début à la fin des années 1980, la série suit un groupe de personnages (gays pour la plupart) qui débarquent dans cette ville tentaculaire, découvrent leur sexualité et s’épanouissent loin de leurs carcans familiaux respectifs, sur une bande son délicieusement vintage (d’où le titre). Leurs espérances et leur insouciance sont néanmoins rapidement fauchées par l’arrivée d’une mystérieuse maladie qui décime la communauté gay dans l’indifférence, puis la franche hostilité des pouvoirs publics. Avec It’s a sin, Russell T. Davies fait oeuvre de témoignage et reconstitue avec justesse les débuts dévastateurs de l’épidémie de VIH-sida mais aussi la solidarité que le virus a fait naître et l’organisation que les associations et les malades, livrés à eux-mêmes, ont dû mettre sur pied et dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

 

… qui ne doit pas occulter la réalité d’aujourd’hui

Il semblerait même que la série ait suscité un regain de dépistages au VIH-sida en Angleterre. Cependant, l’intérêt historique de It’s a sin, qui met en lumière une période sinistre pour la communauté LGBT+, ne doit pas faire oublier les avancées de la recherche et de la lutte contre le VIH. Si ces oeuvres qui se penchent sur les débuts de l’épidémie sont essentielles pour garder une trace d’un pan important de notre histoire, elles pourraient entretenir une image surannée des personnes séropositives, alors que les stigmatisations qu’elles subissent sont encore fortes et que les campagnes de prévention, notamment à destination des plus jeunes, sont de moins en moins existantes. Il convient donc de regarder cette série pour ce qu’elle est, un témoignage poignant sur une époque révolue, qui nous permet de comprendre comment nous sommes arrivé·es là où nous sommes. Et d’espérer que de nouvelles fictions, à l’instar du roman Febbre de l’Italien Jonathan Bazzi paru en 2019, nous donnent à voir la réalité du VIH-sida et de celles et ceux qui en sont atteint·es aujourd’hui, afin d’en livrer une conception plus juste au plus grand nombre.

It’s a sin de Russell T. Davies, avec Olly Alexander, Lydia West, Stephen Fry… Disponible sur Canal+ à partir du 22 mars 2021.

Campagne #leVIHaChangé d’Alpes sans sida à l’occasion de la diffusion de la série en France. 

 

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