Gaël Morel ne s’était jamais lancé dans la réalisation d’un documentaire avant ce puissant Famille, tu me hais dans lequel il fait parler plusieurs jeunes gays et lesbiennes victimes de l’homophobie la plus pernicieuse qui soit : celle qui se joue en famille, un lieu dont on serait plutôt en droit d’attendre soutien et réconfort. A l’occasion de la sortie de ce film en DVD, rencontre avec le cinéaste qui sera aussi l’invité d’honneur du festival lyonnais Écrans Mixtes.

Gaël Morel

Vous avez réalisé Famille, tu me hais l’an dernier, mais c’est un projet que vous aviez en tête depuis bien plus longtemps…

Gaël Morel : J’ai commencé à y réfléchir il y a dix ans, lors d’un passage au Refuge où on m’avait proposé de parrainer un événement de cette association d’aide aux jeunes homos rejetés par leur famille. Je savais que cela existait avant bien sûr, mais je n’avais pas de gens proches qui en avaient été victimes. À l’époque des Roseaux sauvages, j’avais déjà reçu des témoignages de jeunes garçons et de jeunes filles qui étaient harcelé·es par leurs familles car celles-ci étaient homophobes. C’est toujours resté présent en moi.

Vous avez tourné entre deux confinements. On a eu depuis des chiffres qui disent que lors de ces confinements, les violences LGBTphobes dans les familles ont énormément augmenté…

Toutes les violences ont augmenté durant cette période. Le confinement, en lieu clos, c’est la logique du pire. On arrive moins à supporter les autres, les différences, cela pousse à la violence.

La famille est un thème très présent dans vos films de fiction, je pense notamment au Clan. C’est un sujet qui vous intéresse ?

La famille m’interroge beaucoup. Je viens d’une famille très aimante, bienveillante, je n’ai eu aucun problème. Mais je m’en suis détaché facilement, de façon évidente. Cette normalité m’a fait rencontrer des gens avec des vides, des manques, des douleurs et être sensible à leurs histoires. La famille est une construction culturelle. Je suis pour l’explosion du noyau familial, pour la PMA et la GPA pour faire bouger ça. C’est un mythe le paradis familial : je ne vois pas quel paradis il faudrait conserver… Dans Le Clan, j’essayais de bousculer cette notion : il était question autant des liens du sang que de liens d’amitié et d’amour.

Votre film donne la parole à des garçons et des filles qui viennent de milieux et de cultures très différents, qui ont vécu des situations très diverses, depuis les insultes jusqu’à des violences physiques et psychologiques extrêmes. Comment avez-vous fait le “casting” ?

Je n’ai pas eu la volonté de proposer un panel de parcours ou de cas de figure. J’ai fait comme pour une fiction, en gardant ceux qui avaient pour moi le plus d’intérêt humain, pas forcément par la dureté de leur vécu. Je voulais des témoins dans lesquels je me retrouvais comme cinéaste. Il fallait qu’ils et elles acceptent de témoigner à visage découvert, ce qui demande un certain courage. Je comprends que certain·es n’aient pas envie de s’exposer après ce qu’ils et elles ont enduré.

C’est votre premier documentaire : avez-vous eu la tentation de tirer une fiction de ces témoignages ?

Non, jamais. Ce qui m’intéresse ici, c’est que c’est vrai ! Truffaut disait que la vie a plus d’imagination que la fiction. Dans la fiction, il y a la tentation d’utiliser un sujet pour faire passer un message. C’est terrible quand les films de fiction abordent les homosexuel·les comme un sujet, les acteur qui jouent aux homos… C’était intéressant il y a quarante ans. Le cinéma ne doit pas être à l’arrière-garde de la société mais en avance.

Comment ressentez-vous qu’un festival queer comme Écrans Mixtes vous consacre une rétrospective cette année ?

C’est très agréable et joyeux je trouve. Ça me dit que je ne suis plus un si jeune cinéaste que ça, même si je ne suis pas encore très vieux. Ça arrive au milieu de quelque chose qui se construit encore, c’est une façon de faire le point. Je ne fais pas partie de ceux qui refusent d’être étiquetés. Je suis très fier que mes films aient pu toucher ou aider des gays, des lesbiennes…

Famille, tu me hais de Gaël Morel (Épicentre films). Disponible en DVD.

Gaël Morel sera l’invité d’honneur du festival Écrans Mixtes, du 23 juin au 1er juillet dans la Métropole de Lyon / www.festival-em.org

 

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